[Reportage 5/5] Un génocide en cours au Soudan du Sud?

Un réfugié sud-soudanais vient de traverser la frontière. Il attend au centre d'accueil de Busia d'être transféré vers les camps de réfugiés, le 28 mars 2017.
© RFI / Gaël Grilhot

Dans un rapport publié début mars, l’ONU affirmait que le Soudan du Sud est au bord du génocide et est déjà le théâtre d’un nettoyage ethnique. Un conflit qui a déjà poussé 1,6 million de personnes à fuir le pays. La moitié a trouvé refuge en Ouganda. A peine arrivés, ils témoignent des atrocités.

Betty vient de traverser dans la brousse à Busia. Par un point de passage informel, car les frontières officielles sont contrôlées par le gouvernement. Son enfant joue avec un paquet de gâteaux distribués par les humanitaires. Encore sous le choc, elle décrit les meurtres systématiques de l’autre côté de la frontière.

« Cet endroit n’est pas bon. Mon mari a été enlevé par ces Dinkas. Ils tuent les gens là-bas au Soudan du Sud. Ils font du porte-à-porte pour trouver les gens. C’est pourquoi nous sommes partis. »

Cette autre femme est arrivée avec 14 enfants, les siens et ceux de sa sœur. Son dernier tète en chouinant. Elles ont décidé de partir, car l’armée recherche les petits garçons.

Tuer autant que possible

« Ces gens s’ils vous trouvent avec un tout petit enfant comme celui-ci ils vous demandent est-ce que c’est une fille ou un garçon ? Si tu dis une fille, c’est bon tu peux y aller. Si c’est un garçon, ils veulent le tuer. Parce qu’ils disent que ce garçon dans le futur est celui qui se battra contre lui. Le SPLA n’est pas bon du tout. Ils sont en train de tous nous tuer. »

Les témoignages se suivent, plus horribles les uns que les autres. Un soldat de l’armée régulière qui a fait défection affirme avoir reçu des ordres : tuer autant que possible.

Ces gens s’ils vous trouvent avec un tout petit enfant comme celui-ci ils vous demandent est-ce que c’est une fille ou un garçon ? Si tu dis une fille c’est bon tu peux y aller. Si c’est un garçon, ils veulent le tuer. Parce qu’ils disent que ce garçon dans le futur est celui qui se battra contre lui. Le SPLA n’est pas bon du tout. Ils sont en train de tous nous tuer.
Dans le camp de réfugiés de Busia en Ouganda
14-04-2017 - Par Charlotte Cosset