Madagascar: les «karanas» cibles privilégiées des kidnappeurs

Une vue de la capitale malgache, Antananarivo.
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A Madagascar, l'enlèvement d'un jeune Français d'origine indienne, mardi 11 avril 2017 dans la matinée, a suscité l'indignation. Un rassemblement de soutien à la famille de l'adolescent de 16 ans s'est déroulé le jeudi 13 avril. Une première dans le pays. Pourtant, les enlèvements de Français d'origine indienne sont y courants. Ces personnes d'origine indo-pakistanaise, appelées Karanas à Madagascar, n'ont généralement pas la nationalité malgache, bien que résidant dans le pays depuis plusieurs générations. Beaucoup d'entre eux ont en fait la nationalité française. Dans un communiqué, le Collectif des Français d'origine indienne de Madagascar (CFOIM) a dénoncé « la violence croissante » visant leur communauté. Depuis 2010, 90 d'entre eux ont été enlevés.

Propriétaires de quincailleries, de bijouteries ou encore chefs d'entreprises dans l'import-export, les Karanas sont très actifs dans l'économie du pays. Leur réussite suscite la convoitise, notamment celle de gangs criminels qui ont fait des enlèvements de membres de la communauté indienne leur gagne-pain.

La communauté karanas manque de soutien, comme l'explique une professionnelle du milieu médical qui souhaite rester anonyme. Elle voit défiler dans son cabinet ces victimes d'enlèvement et constate « une vraie souffrance psychologique. Il y a des actes de violence physique, des humiliations. A titre d’exemple, la dernière personne que j’ai reçue, les kidnappeurs lui disaient que c’était bien fait pour lui parce qu’il était riche ».

La France affirme qu'elle ne peut pas intervenir

Yohan Houssenaly est commerçant, Français d'origine indienne. En août 2016, il est sorti indemne d'une tentative d'enlèvement qui a coûté la vie à son frère Farhane. Alors qu'ils sortaient « du magasin ensemble, [ils se sont] fait agresser dans la rue ». Il a eu beau « lui dire de prendre la fuite », son frère s'est fait tirer dessus. « Il a reçu quatre balles et il a perdu la vie. » Depuis, Yohan Houssenaly « a porté plainte à la brigade criminelle d'Antananarivo et au parquet de Nanterre » en vain. « Jusqu’à maintenant, [il] n’a obtenu aucune réponse. » Aujourd'hui, il aimerait « juste trouver l’assassin de [son] frère ».

Le ministère malgache de la sécurité publique indique que « c'est tout un réseau qu'il faut démanteler. Cela prend du temps mais nos équipes sont mobilisées ». Quant à l'ambassade de France à Madagascar, elle fait savoir que la France ne peut pas intervenir dans les enquêtes des policiers malgaches, mais qu'un soutien opérationnel est possible. Elle déclare également qu'elle a mis en place depuis un an un groupe de discussion avec les autorités malgaches et les membres de la communauté française d'origine indienne.