Afrique du Sud: succès pour une thèse de doctorat rédigée en Xhosa

Depuis 3 ans, l’université de Rhodes pratique le bilinguisme.
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En Afrique du Sud, une thèse de doctorat rédigée en Xhosa fait sensation. Le Xhosa est parlé par plus de huit millions de personnes, soit environ 18 % de la population. L’auteur de la thèse, un étudiant de l’Université de Rhodes dans le sud-est du pays, a choisi d’écrire sur la langue Xhosa au Zimbabwe, le pays voisin. Dans un pays avec 11 langues officielles mais où l’anglais domine, il s’agit d’une véritable victoire pour ceux qui militent pour l’enseignement en langue vernaculaire.

Près de 300 pages rédigées en Xhosa. Pour Hleze Kunju, étudiant à l’université de Rhodes, c’est une fierté. Elevé dans un petit village de la province du Cap Oriental, toute sa scolarité s’est déroulée dans sa langue maternelle. Et l’université a été un vrai défi. « Quand je suis arrivé à l’université, raconte-t-il, ça été un très gros travail d’ajustement, d’avoir à apprendre en anglais. Je me sentais opprimé, parce que c’est une langue qui nous est arrivée avec la colonisation, et qui s’est imposée, et les descendants d’anglais sont minoritaires dans le pays, notamment dans ma région. Mais c’est devenu la langue à l’université. Et ça m’a semblé injuste d’avoir à apprendre l’anglais alors que j’ai ma propre langue. »

Kunju a décidé d’écrire sa thèse en Xhosa pour montrer qu’un travail académique de qualité peut être rédigé dans une langue vernaculaire. Depuis 3 ans, l’université de Rhodes pratique le bilinguisme. Aujourd’hui près de 800 élèves étudient dans cette langue locale contre 50 il y a quelques années. Cela fait partie du projet de décolonisation de l’enseignement, explique son directeur de thèse, le professeur Russell Kaschula : « Les jeunes sont en train de remettre en question les curriculums universitaires qui proviennent de la colonisation, et la langue est centrale dans ce débat sur la décolonisation. Quand ils arrivent à la fac, ils deviennent très nationalistes et demandent qui s’est adjugé le droit de mettre de côté leur langue qui fait partie de leur quotidien. »

Dans un pays avec 11 langues nationales, la langue est un sujet sensible, d’autant plus que l’anglais et l’afrikaans - jugé la langue de l’oppresseur - continuent de dominer l’enseignement supérieur et la vie professionnelle.