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Libye Ukraine

Libye: saisie de deux pétroliers pour chargement illégal de carburant

Le « Stark », pétrolier battant pavillon congolais, à Tripoli, le 29 avril 2017, après sa saisie pour chargement illégal de carburant, au large de la ville côtière de Zouara.
© MAHMUD TURKIA / AFP

En Libye, deux tankers, l'un battant pavillon ukrainien, l'autre battant pavillon congolais (République démocratique du Congo), ont été saisis vendredi 28 avril au large des côtes occidentales libyennes. Ils tentaient de s'approvisionner illégalement en carburant. En mars dernier, un tanker turc avait également été saisi pour le même délit. Le gouvernement d'union nationale dirigé par Fayez al-Sarraj, bien que reconnu par la communauté internationale, est incapable de s'imposer face aux puissantes milices qui sévissent dans l'ouest du pays. Ces dernières tirent leur principale source de revenus de la contrebande d'or noir et du trafic de migrants.

Les garde-côtes avaient repéré les deux pétroliers depuis le jeudi soir. Ils avaient jeté l'ancre à 2 km environ du port de Zouara, situé près de la frontière avec la Tunisie. Dans la nuit de jeudi à vendredi, 25 chalutiers de pêche de la ville côtière ont alors rejoint les navires battant pavillon ukrainien et congolais avec, à leur bord, des milliers de litres de Diesel. Le carburant provenait de la raffinerie de Zawiya, à 70 km de Zouara.

Le tanker ukrainien, le « Ruta », a pu pomper plus de 3 300 tonnes de carburant, stocké dans les bateaux de pêche. L'autre tanker, le « Stark », qui a une capacité de 1 236 tonnes, n'avait pas encore commencé l'opération de pompage quand les garde-côtes libyens sont intervenus.

Des hommes armés de mitrailleuses et de kalachnikovs se trouvaient à bord de ces chalutiers et ce n'est qu'après trois heures d'échanges de tirs nourris que les autorités libyennes ont pu se saisir des deux tankers.

Selon la force militaire maritime de Tripoli, en charge de l'enquête, les contrebandiers libyens seraient principalement originaires de la ville amazighe de Zouara.

L'équipage du « Ruta » se composait de quatorze Ukrainiens, tandis que le « Stark » comptait à son bord quatre Turcs et deux Géorgiens. Ils devraient être rapidement mis en accusation pour contrebande.

Analyse : cet événement explique bien l'état d'esprit des leaders locaux de la région de Zouara, agacés par la molesse des marines européennes face aux trafiquants

Certains maires ou certains responsables de communautés locales ne comprennent pas que l’Union européenne qui déploie un certain nombre de forces et de navires en Méditerranée n’ait jamais pris des mesures contre ces trafics. Donc, pour certains ce serait un double jeu sachant que pour eux, dans leur perception, cette essence est destinée au marché européen. C’est des gens qu’effectivement se plaignent de ce type de trafic et bien sûr du pétrole qui est vendu en contrebande par des milices qui sont souvent les mêmes qui font des trafics de personnes. Et bien sûr cet argent ne rentre pas dans les caisses de l’Etat libyen et donc ne sert pas les intérêts du peuple libyen. Alors, je dirais que c’est intéressant le fait que ce soient des forces locales, donc c’est des gens a priori de Zoura, qui sont plutôt bien organisés. Zoura, c’est une ville qui est bien gérée en absence d’Etat autant que faire se peut en ce moment en Libye. Mais cela veut dire qu’effectivement ils ont décidé de prendre cette affaire à bras le corps. Et ce qui est intéressant aussi c’est qu’ils ont remis ces cargaisons au gouvernement d’union nationale, ce qui veut dire que ces responsables locaux jouent le jeu, en tout cas certains.

L'analyse de Patrick Haimzadeh, spécialiste de la Libye
30-04-2017 - Par RFI

Le « Ruta », pétrolier battant pavillon ukrainien, retenu à Tripoli, le 29 avril 2017, pour chargement illégal de carburant. © MAHMUD TURKIA / AFP

 

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