Mauritanie: deuil national et hommage à l’ancien président Ely Ould Mohamed Vall

Ely Ould Mohamed Vall, ancien chef d'Etat et une des figures de l'opposition mauritanienne, décédé le 5 mai 2017.
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En Mauritanie, trois jours de deuil national ont été décrétés après la mort subite de l'ancien président, Ely Ould Mohamed Vall. L'ancien chef de l’Etat a été terrassé, dans l’après-midi du vendredi 5 mai, à l’âge de 64 ans, par un malaise cardiaque. Il se trouvait dans la région de Zouérate, dans le nord de la Mauritanie. Dès l'annonce de la nouvelle, un avion militaire est parti chercher son corps et il a été inhumé vendedi soir à Nouakchott.

Quelques heures à peine après son décès, Ely Ould Mohamed Vall a été inhumé au cimetière du Ksar, un des vieux quartiers de la capitale mauritanienne. Pour lui rendre hommage, une prière collective a été organisée à la grande mosquée Ibn Abbas de Nouakchott, en présence d'une foule immense et de nombreux officiels.

Le président Mohammed Ould Abdel Aziz était aussi sur place. C'est lui aussi qui avait accueilli, auparavant, la dépouille mortelle à l'aéroport de Nouakchott, en présence des chefs d'état-major de l'armée et de membres du gouvernement.

Marie-Pierre Olphand, journaliste à RFI, a été pendant plusieurs années la correspondante de RFI en Mauritanie et elle a rencontré, à plusieurs reprises, Ely Ould Mohamed Vall. Elle garde l’image d’un homme réservé et en apparence très calme, mais aussi d’un militaire très cultivé qui, cependant, n'était pas un grand orateur. Il parlait même souvent d'une petite voix, ce qui contrastait avec sa taille imposante.

En quittant le pouvoir, en 2007, Ely Ould Mohamed Vall avait fait le choix de ne rejoindre aucun parti politique mais il incarnait, sans conteste, un des visages de l'opposition mauritanienne. Ce n'était pas un leader, au sens classique, qui pouvait mobiliser des foules mais il avait ses partisans et bénéficiait du respect lié à sa fonction d'ancien président et à celle d'ancien patron de la sûreté nationale.

Ely Ould Mohamed Vall sort de l’ombre en 2005

Militaire de carrière, il se fait connaître lorsqu'il devient directeur général de la sûreté de l'Etat à la fin des années 1980. Il restera vingt ans à ce poste au service de Maaouya Ould Taya, avant de sortir de l'ombre, en 2005.

C'est effectivement au mois d'août 2005 qu'il devient un homme public en renversant, avec plusieurs hauts gradés, Maaouya Ould Taya qui était au pouvoir depuis 20 ans. Il prend alors la tête du Comité militaire pour la justice et la démocratie (CMJD), la junte militaire qui remettra le pays sur les rails de la démocratie. Il fait modifier la Constitution pour limiter le nombre de mandats présidentiels à deux et quitte le pouvoir, dix-huit mois plus tard, avec les félicitations de la communauté internationale.

Cependant, très vite, la politique le rattrape, en 2008, quand son cousin, Mohammed Ould Abdel Aziz renverse le président élu un an plus tôt, Sidi Ould Cheikh Abdallahi.

Ely Ould Mohamed Vall bascule alors dans l'opposition et ne manque pas une occasion de dénoncer la mauvaise gouvernance de son parent président. Candidat malheureux à la présidentielle de 2009, il boycotte avec l’opposition l’élection présidentielle de 2014.

Avait-il l'intention de revenir au pouvoir, dans deux ans, en 2019 ? Voici ce qu’il répondait, à RFI, sur ce sujet, il y a quelques mois.

« Permettez-moi de vous dire qu’aujourd’hui, mon ambition, ce n’est pas d’être candidat à ceci ou d’être candidat à cela. Mon ambition aujourd’hui, avec toute l’opposition, avec tous les Mauritaniens qui sont conscients de la situation de notre pays, c’est de trouver d’abord une solution politique pour notre pays. Un homme politique raisonnable dans notre pays, aujourd’hui, ne peut pas envisager d’aller dans une élection unilatérale qui est faite par le régime. Et je pense que les Mauritaniens sont suffisamment intelligents pour ne pas que cette situation continue et qu’elle se complique », a déclaré Ely Ould Mohamed Vall.

Toujours très critique, il y a trois semaines encore, il avait dénoncé le nouveau projet de réforme constitutionnelle voulu par le président Ould Abdel Aziz et prévu le 15 juillet 2017.