Les réactions politiques en Afrique à l'élection d'Emmanuel Macron

Emmanuel Macron, célébrant sa victoire au Louvre, le 7 mai 2017.
© REUTERS/Christian Hartmann

Du Maroc au Sénégal, en passant par le Mali, la Guinée, le Niger, les messages de félicitation à Emmanuel Macron, le nouveau président français, se sont succédés. Emmanuel Macron est peu connu des Africains qui en attendent beaucoup. Candidat jeune, atypique, qui a gagné sans le soutien d'un parti traditionnel, il est le symbole d'un renouveau de la politique.

■ En Côte d'Ivoire, Alassane Ouattara a utilisé Twitter pour féliciter Emmanuel et l'a assuré de sa « disponibilité à oeuvrer au raffermissement des liens d'amitié et de coopération entre la Côte d'Ivoire et la France ».

■ L'élection d'Emmanuel Macron à la tête de l'Etat français a été vécue comme un soulagement au Sénégal, un pays qui entretient des liens forts avec la France. Macky Sall, le chef d'Etat a rapidement adressé une lettre au nouveau président français : « Je me réjouis à l'idée de poursuivre et de renforcer avec vous les liens privilégiés entre nos deux pays ».  Les deux présidents se connaissent bien et devraient travailler rapidement ensemble.
 

■ Mohamed VI, le roi du Maroc, a félicité Emmanuel Macron, jugeant que son élection « couronne » son parcours politique. « Le souverain a exprimé, en son nom propre et au nom du peuple marocain, ses félicitations les plus chaleureuses au nouveau président français et ses vœux sincères de réussite dans la haute mission que les Français lui ont confiée ».

■ Le président guinéen Alpha Condé s'est dit « convaincu que les relations de coopération (franco-guinéenne) iront en se renforçant sous le magistère du président Macron ».

■ Au Mali, le président Ibrahim Boubacar Keita s'est dit soulagé de la victoire d'Emmanuel Macron. La France est très impliquée dans ce pays depuis 2012 avec les opérations militaire Serval, Barkhane, dans la lutte contre le terrorisme.
 

■ Dans une lettre au président élu, et dont RFI a pris connaissance, Paul Biya adresse ses sincères et chaleureuses félicitations à Emmanuel Macron. Evoquant les relations étroites et confiantes entre les deux pays depuis des décennies, le président Biya assure le nouveau chef d'Etat français « de sa disponibilité à œuvrer au maintien d'une longue amitié qui ne s'est jamais démentie » et « à l'ouverture de nouveaux horizons à leur coopération ». Ces relations précise-t-il «peuvent encore accomplir de nouveaux progrès».

■ Au Niger, Issa Garba, militant de la société civile, se réjouit de la victoire du candidat d'En Marche !. Pour lui, un homme jeune, qui a gagné sans le soutien d'un parti traditionnel, doit être un exemple et un modèle pour toutes les jeunesses du continent africain.

Macron nous a montré le chemin...Macron nous a montré que nous pouvons nous porter à la tête de nos États sans pour autant être porté par un parti politique, par des systèmes qui sont pourris, par des systèmes corrompus. En tant que jeune Africain, c'est un exemple que la jeunesse africaine doit suivre...
Issa Garba
08-05-2017 - Par RFI

 

■ Vu du Tchad, où le président Idriss Deby avait reçu la candidate frontiste Marine Le Pen, ce résultat est un soulagement. Saleh Kebzabo, chef de file de l'opposition tchadienne, espère que le nouveau président français sera en mesure de mettre fin aux réseaux de la Françafrique.

 

J'espère qu'il saura rompre avec les démons du passé qui ont toujours plombé les relations franco-africaines. Cela doit commencer d'abord par des symboles forts, dés les premiers jours de son mandat, en ne mettant pas dans son entourage ou au gouvernement tous les vieux rococos de la politique africaine et qui ont torpillé tout ce que François Hollande a fait et qui nous ont ramené d'une manière ou d'une autre à la Françafrique.
Saleh Kebzabo
08-05-2017 - Par RFI

■ En RDC, l'opposition estime que la stratégie de rupture qui a porté Emmanuel Macron au pouvoir en France n'est pas si éloignée de celle qui anime les jeunes Congolais qui réclament plus de démocratie. C'est du moins ce que soutient Pierre Lumbi, du Mouvement social pour le renouveau et le président du G7, la plateforme de ceux qui ont quitté la majorité présidentielle.

Ce qui est extraordinaire aujourd'hui c'est qu'Emmanuel Macron est porteur d'une vision qui vient en rupture avec ce qui a existé. Une recomposition est en train de se faire, une nouvelle place politique est en train de naître. Et ce n'est pas très loin de ce que les jeunes Congolais sont en train de chercher...
Pierre Lumbi du Mouvement social pour le renouveau
08-05-2017 - Par RFI

Toujours en RDC, Floribert Anzuluni, coordinateur du mouvement citoyen Filimbi, voit dans l'élection d'Emmanuel Macron une crise du système politique traditionnel commune à la un certain nombre de démocraties dans le monde :

Il se passe quelque chose au niveau des citoyens à travers le monde. Il semble que les citoyens soient en train de rejeter ou en tout cas d'exprimer un rejet face à des systèmes politiques dits traditionnels auxquels les citoyens ne semblent plus beaucoup croire.
Floribert Anzuluni, coordinateur du mouvement citoyen Filimbi en RDC
08-05-2017 - Par Bineta Diagne

 

Relation nouvelle avec le continent africain

Plusieurs chefs d'Etat africains se sont contentés de félicitations d'usage, assorties du souhait de renforcer encore les relations entre la France et leur pays. C'est le cas du tout-nouveau chef d'Etat gambien, Adama Barrow, ou encore de Pierre Nkrurunziza au Burundi, qui précise sur Twitter avoir suivi l'élection française « avec grand intérêt » et parle d'une « victoire méritée » d'Emmanuel Macron.

Ils sont aussi plusieurs à voir dans ce succès du candidat d'En Marche ! face au Front national « une victoire de la démocratie » ainsi que l'indique, toujours sur Twitter, le président du niger Mahamadou Issoufou ou encore « la fidélité de la France à ses valeurs traditionnelles de liberté, d'égalité et de fraternité », comme l'a souligné de son côté le chef d'Etat tunisien Beji Caïd Essebsi.

Même son de cloche du côté du Togo, où Faure Gnassingbé adresse à Emmanuel macron ses vœux de réussite, dans cette nouvelle mission, « au service d'une France forte et engagée ».

Une autre facette du nouveau président suscite l'intérêt, notamment du président malgache Hery Rajaonarimampianina : son bagage économique, puisqu'Emmanuel Macron a été ministre de l'Economie de François Hollande. « Il parle d'économie donc à mon avis, c'est quelqu'un qui sera tourné vers l'aspect développement, c'est l'avenir », a-t-il déclaré.

Le président malgache souligne aussi avoir entendu dans les discours d'Emmanuel macron une volonté de mieux respecter la souveraineté des pays africains, dans un rapport d'égal à égal.

Au chapitre des relations avec le continent, une autre intervention d'Emmanuel Macron a été très remarquée, lorsqu'il avait qualifié la colonisation française de « crime contre l'humanité ».

« Cette attitude pionnière de votre part vous place, naturellement et légitimement, dans la position-clé de protagoniste, convaincu et convainquant, du parachèvement d'une réconciliation authentique entre nos deux pays », a estimé le président algérien dans un communiqué, qui présente Emmanuel Macron comme un « ami de l'Algérie ».

Pour Abdelaziz Bouteflika, les « anticipations et initiatives » du nouveau chef d'Etat français ont fait « l'ample démonstration de (sa) claire détermination à travailler avec nous à compenser les occasions manquées dans les relations algéro-françaises ».

Emmanuel Macron avait indiqué que son premier déplacement à l'étranger se ferait auprès des forces françaises. Mais aucune confirmation n'a encore été donnée sur cette visite, qui pourrait se faire au Mali, au Tchad ou encore au Niger.

→ A (re)lire : France: Emmanuel Macron président, les premières réactions