Création du Centre gambien pour les victimes de violations des droits de l’homme

Yahya Jammeh quittant la Gambie le 21 janvier 2017.
© REUTERS/Thierry Gouegnon

Plus d’une centaine de personnes se sont rassemblées mardi 16 mai à Kotu, près de Banjul, pour célébrer la création du Centre gambien pour les victimes de violations des droits de l’homme. Une association qui a émergé le mois dernier et s’est aujourd’hui structurée, pour pouvoir apporter de l’aide dans les procédures judiciaires, et préparer les victimes à la Commission vérité et réconciliation. Le centre est soutenu par des associations de victimes du monde entier, et par la Turquie qui a annoncé par la voix de son ambassadeur vouloir accueillir des victimes blessées pendant la dictature pour qu’elles puissent être soignées. Mais ce sont les victimes elles-mêmes qui sont à l’origine de cette association.

Ils ont chacun leur histoire, leur propre combat, mais tous ont décidé d’unir leur force. Parmi les membres, un nom surprend : Ebrima Jammeh. Son père, Haruna, était un cousin de Yahya Jammeh. Un jour, il n’est jamais rentré chez lui : « Pendant un moment on n'a jamais su ce qui lui était arrivé, raconte Ebrima. On disait juste : "Il a disparu, il a disparu". Et un jour, on a appris qu’il avait été tué par Jammeh et ses complices. Le fait de former cette association, ça a été un grand soulagement pour moi. Quand je vois les autres victimes, j’ai espoir qu’on obtienne justice un jour, ça me donne beaucoup plus de courage. »

Le centre possèdera bientôt un bureau pour accueillir toutes les victimes et leurs familles. Mariama Saine, 27 ans, une activiste arrêtée et torturée sous l’ancien régime, est soulagée par cette initiative : « C’est un moment émouvant aujourd’hui. Ils ont annoncé que le centre donnerait aussi des conseils, avec des experts, pour écouter notre douleur. Et on pourra rencontrer plusieurs professionnels pour nous aider. C’est une idée qui me plait. »

Un centre incontestablement soutenu par le gouvernement, puisque trois ministres étaient présents. Aboubacar Tambadou, ministre de la Justice, sait tout l’espoir que placent les victimes dans son action : « L’affluence aujourd’hui est la preuve des fortes attentes, déclare-t-il. Le gouvernement s’est engagé à ce que la justice soit respectée dans toutes ses formes et que les victimes aient une voix. Il faut la justice, mais aussi la réconciliation. »

Le ministre de la Justice a répété son souhait de voir une Commission vérité et réconciliation établie avant la fin de l’année.

→ A (re)lire : Gambie: création d'une association pour les victimes du régime Jammeh