Une décennie en langue hausa sur les ondes de RFI


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Le 21 mai 2007, pour la première fois de son histoire, Radio France Internationale ouvrait une antenne en langue africaine, à destination notamment des auditeurs de l’ouest du continent. Ce week-end, la rédaction hausa de RFI fête ses dix ans. Son succès en a amené d’autres : aujourd’hui la radio du monde diffuse aussi des programmes en swahili et en mandingue, en plus d’une douzaine d’autres langues. Retour sur une aventure démarrée au Nigeria il y a une décennie et qui n’est pas prête de s’arrêter.

« La tradition veut que les hausaphones ont toujours une radio avec eux. » Pour Bashir Ibrahim Idriss, rédacteur en chef de l’antenne de RFI en hausa, cela explique un peu du succès rencontré par sa radio. Aujourd’hui, les auditeurs peuvent l’écouter deux heures trente par jour, en ondes courtes au Nigeria, au Ghana, au Niger, au Bénin, au Togo, au Tchad, en FM depuis le Niger et le Cameroun, ainsi que sur internet, par téléphone et par satellite.

En 2015, dans une enquête de TNS Sofres, près de la moitié des Nigériens déclaraient avoir écouté RFI au cours de la semaine écoulée, majoritairement en langue hausa (32 %), même si la plupart d'entre eux parlent le français – avec un pic d’audience pour la première tranche du matin (6h en temps universel). L’année précédente, RFI enregistrait chaque jour environ 3 millions d’auditeurs nigérians. L'immense majorité de ces anglophones écoutaient les programmes en hausa. Et les chiffres continuent de grimper.

Naissance en concurrence

Au départ pourtant, rien n’assurait que l’antenne hausa de RFI se démarque de ses concurrentes. A son lancement en 2007, d’autres radios internationales émettent déjà, depuis des décennies, dans cette langue : la BBC britannique, l’allemande Deutsche Welle, ou encore Voice of America. Pendant des années, RFI a préféré miser sur les langues européennes parlées en Afrique (français, anglais, portugais) pour s’y implanter. Ce n’est qu’au milieu des années 2000 que la stratégie change, et que la décision est prise d’ouvrir des antennes en langues africaines.

Le choix de l’hausa s’explique par le nombre de ses locuteurs : plus de 70 millions de personnes le comprendraient et le parleraient, notamment au nord du Nigeria. C’est donc ce pays qui est choisi pour accueillir la rédaction, dès 2006. Et ce même si les lois qui y encadrent les émissions radiophoniques sont très strictes, puisque les radios étrangères ne peuvent pas émettre en FM au Nigeria. Chef de la formation internationale à la direction des affaires internationales de RFI à l’époque, John Maguire, se souvient : « Nous avons tenté de trouver un modus vivendi en créant une société avec un partenaire local à Lagos [la capitale économique du Nigeria], mais ça n’a pas marché. »

Avec la journaliste de RFI Lanni Smith, disparue il y a un an jour pour jour, John Maguire est de ceux qui ont porté le projet au moment de son lancement. Finalement, l’actuel directeur des relations et de la coopération internationale de France Médias Monde (FMM), trouve un arrangement : « J’avais rencontré Abubakar Jijiwa, PDG de Voice of Nigeria [VON], et on a pu établir une relation de confiance. » Jijiwa lui propose un deal : RFI peut s’installer et émettre depuis les locaux de VON (via satellite vers Paris, qui redistribue ensuite en ondes courtes au Nigeria). En échange, « nous avons construit deux studios, dont un pour RFI, rénové le bureau qui accueillerait notre rédaction, payé un loyer et dispensé des formations aux journalistes de VON », raconte John Maguire. « On a travaillé côte à côte, sans interférences, pendant plusieurs années », résume de son côté Abubakar Jijiwa.

Stratégie de croissance

Le 21 mai 2007, trois techniciens et cinq journalistes tiennent donc l’antenne de RFI – certains viennent, comme Mamane Barmou, du premier concurrent de la radio du monde en hausa, la BBC. L’équipe diffuse deux heures de programmes par jour, divisées en quatre demi-heures (à 6h, 7h, 16h et 17h en temps universel). La croissance est rapide, comme s’en félicite le rédacteur en chef Ibrahim Bashir Idriss, déjà en poste au lancement de la radio : « RFI hausa a réussi à briser le monopole de ses concurrents. »

En 2013, le partenariat avec Voice of Nigeria prend fin, et RFI hausa déménage dans de nouveaux studios, toujours à Lagos. La rédaction compte une dizaine de journalistes et des correspondants dans de nombreux pays hausaphones, pour un total de 5 millions d’auditeurs par semaine. Preuve du succès : la diffusion quotidienne s’allonge d’une demi-heure en 2014.

Mondoblogueur nigérien et auditeur régulier de RFI, Ousmane Mamoudou a connu l’antenne hausa un peu par hasard, parce qu’elle prend le pas, à certains horaires, sur l’antenne française : « C’est parfois dommage d’interrompre les auditeurs qui écoutent Afrique matin, et de les envoyer sur RFI hausa. » Face à la critique, la directrice de Radio France Internationale Cécile Mégie explique : « On positionne les demi-heures de hausa en amont ou en aval de notre offre africaine francophone. L’antenne en hausa ne vient pas interrompre, mais complète les programmes français. C’est aussi une façon d’élargir notre public, d’amener des auditeurs non francophones vers la francophonie. »

Ousmane Mamoudou remarque aussi que l’antenne en hausa de RFI se destine aux Haoussas anglophones, notamment ceux du Nigeria et du Ghana : « Les spécialistes qui interviennent à l’antenne sont anglophones. Quand ils ne trouvent pas des termes techniques en hausa, il leur arrive d’utiliser l’anglais. » Stratégie confirmée par la direction de la radio : RFI hausa vise à la fois les anglophones du nord du Nigeria, et les francophones des pays limitrophes. « Nous avons des journalistes dans des pays anglophones et dans des pays francophones. Tous sont hausaphones, et parlent en plus soit le français, soit l’anglais », détaille le rédacteur en chef de l’antenne Bashir Ibrahim Idriss.

Radio internationale et multinationale

« On met un point d’honneur à ce que la rédaction hausa soit composée des personnes venues de pays qui écoutent l’antenne en hausa, ce qui permet de créer une certaine proximité avec les auditeurs. » Selon la directrice de la radio Cécile Mégie, RFI ne propose pas une offre nationale, à un seul pays d’Afrique, et choisit donc d’ouvrir des antennes en langues transnationales (en hausa, mais aussi en swahili et en mandingue).

Outre une rédaction composée de journalistes de plusieurs nationalités, RFI hausa dispose aujourd’hui d’un réseau d’une vingtaine de correspondants, répartis du Tchad aux Etats-Unis, en passant par le Nigeria et le Niger. Le travail de ces correspondants – « au plus près du terrain pour rencontrer des témoins et obtenir des informations de première main », explique Bashir Ibrahim Idriss – est souvent difficile, voire dangereux. En témoigne la détention depuis juillet 2015 d’Ahmed Abba, correspondant de RFI hausa à Maroua, au nord du Cameroun, récemment condamné à 10 ans de prison, alors qu’ « il ne faisait qu’exercer son métier de journaliste », insiste RFI par la voix de sa directrice Cécile Mégie, qui reste « convaincue de son innocence ». Les défenseurs d'Ahmed Abba ont fait appel de la condamnation. 

Les correspondants de RFI hausa dans le monde

Les Nigériens, attachés à la version haoussa de RFI
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Cap sur la culture et les nouvelles technologies

« Je remarque que les personnes de mon entourage aiment bien suivre le programme qui donne la parole aux comédiens et réalisateurs de films en hausa », raconte Ousmane Mamoudou. « Personnellement, j’aime beaucoup le programme qui parle de nos cultures traditionnelles et ancestrales, en tout cas j’y apprends beaucoup », ajoute-t-il.

Ousmane fait référence à Al'adun Gargajiya, magazine sur les cultures traditionnelles, où les journalistes explorent les chefferies, les musiques, les danses, les langues de la région. Autre grand succès de l’antenne : la déclinaison en hausa d’Archives d’Afrique, l’émission d’Alain Foka qui raconte l’histoire du continent et de ses grandes figures. L’idée de l’adapter à l’antenne de Lagos de RFI est venue de Julie Vandal, coordinatrice de la rédaction hausa, en relation quotidienne avec Paris, et en poste depuis plusieurs années au Nigeria. « C'est un échange extrêmement intéressant et bénéfique, parce que ce sont des échanges patrimoniaux. RFI est un média d'éducation », commente Cécile Mégie.

Quand on demande à la directrice de la radio du monde de détailler la stratégie de l’antenne hausa pour les années à venir, elle affirme que « son développement peut se faire en augmentant le temps d’antenne, mais il faut surtout considérer le numérique comme un potentiel de croissance des audiences. »

Les chiffres confortent cette orientation : 450 000 personnes suivent la page Facebook de la radio. En 2010, RFI hausa s’était déjà dotée s’un site internet tenu par deux personnes qui se relayent tous les jours. Chaque semaine, un million de visites y sont enregistrées, dont 80 % en provenance du Nigeria.

Depuis avril 2012, il est aussi possible d’écouter les programmes de RFI hausa, en direct ou en différé, en appelant Audionow*. Surtout destinée à la diaspora hausaphone des Etats-Unis, la plateforme de radiodiffusion a enregistré 130 000 appels en 2016, soit près de 350 appels quotidiens. Preuve qu’en dix ans, RFI hausa est devenue bien plus qu’une radio.

* Le numéro pour écouter RFI en hausa est le 00 1 712 432 6655

→ Écouter sur RFI : le Reportage Afrique à Lagos auprès de RFI en haoussa

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