Répression en RDC: neuf hauts responsables officiellement sanctionnés par l’UE

Des drapeaux de l'Union européenne flottant devant le siège de la Commission européenne.
© REUTERS/Thierry Roge

Les noms avaient déjà commencé à circuler ce week-end, mais ce lundi 29 mai, l’information est désormais officielle. L’Union européenne prend des sanctions contre neuf hauts responsables du régime de Joseph Kabila en RDC. Signe que l’UE semble avoir pris la mesure des violences qui secouent le Kasaï, la plupart des noms sont en lien direct avec cette crise.

Il y a d'abord le très redouté chef de l'Agence nationale des renseignements congolais, Kalev Mutond. Jusqu'ici, il avait échappé aux sanctions, notamment à celles prises en décembre dernier. Il est épinglé pour son rôle central dans la répression qui frappe la RDC dans les Kasaï, mais aussi à Kinshasa.

Autre nom sur la liste : Evariste Boshab. L’ex-vice-Premier ministre et ministre de l'Intérieur et de la Sécurité publique jusqu'en décembre 2016 est considéré comme l'architecte de la répression qui frappe les Kasaï, au centre du pays depuis août dernier.

Une situation qui tient à ses fonctions : la gestion de la sécurité sur le territoire, mais aussi celle des gouverneurs. Idem pour l'actuel ministre de l'Intérieur et de la sécurité publique Ramazani Shadari, responsable à ce titre de l'usage disproportionné de la force dans le Kasaï, selon l'UE.

Dans le collimateur de l’Union également, le chef milicien Gédéon Kyungu, dont les hommes sévissent dans cette zone alors qu'il est censé être en résidence surveillé à Lubumbashi.

Mais aussi le gouverneur du Kasaï central, Alex Kandé Mupompa, présenté comme le relais du pouvoir de Kinshasa sur place. Ou encore le brigadier général Eric Ruhorimbere, chef des opérations militaires dans la région, accusé d'avoir commis des crimes depuis 20 ans dans le pays.

Dans la liste, on retrouve aussi Jean-Claude Kazembe Musonda, l'ex-gouverneur du Haut-Katenga et Muhindo Akili Mundos, commandant de la 31ème brigade de l’armée congolaise.

L'Union européenne n'a pas oublié non plus ceux qui, pour elle, entravent le processus démocratique, à commencer par le visage médiatique du pouvoir congolais, Lambert Mende. L’organisation régionale le considère comme le porte-parole de la politique répressive du gouvernement vis à vis des médias.

« Un politique qui viole le droit à la liberté d'expression et d'information et compromet une solution consensuelle et pacifique en vue de la tenue d'élections », estime l'UE dans un communiqué.

Gel des avoirs, interdiction de recevoir des fonds venus d'Europe

Pour justifier ces nouvelles sanctions, l'UE évoque de graves violations des droits de l'homme, des rapports faisant état de l'usage disproportionné de la force par les services de l'Etat, en particulier les forces de sécurité. Face à une situation qui se détériore, l'Union européenne devait envoyer un signal au pouvoir.

« L'Union européenne a déjà décaissé 15 millions d'euros pour le processus électoral et elle est prête à faire plus si les conditions sont réunies, explique Catherine Ray, porte-parole de l'UE pour les Affaires étrangères. Donc aussi notre objectif c'est d'accompagner le pays vers des élections libres et transparentes puisqu'on pense que c'est la seule solution durable. On est en contact constant avec les autorités de la RDC, mais également avec les partenaires de la région et internationaux, et on espère que la situation va se débloquer assez rapidement. »

Toutes ces personnalités sont désormais visées par une interdiction de pénétrer sur le territoire de l’Union européenne, un gel de leurs avoirs ainsi que par l'interdiction de percevoir des fonds de quelqu'un en Europe.

Qu'attendre de ces sanctions ?

Ces nouvelles sanctions visent d’abord à mettre fin au cycle de violence et de répression qui sévit dans les Kasaï depuis août dernier. Une crise qui a atteint une « ampleur exceptionnelle », estime l'UE, qui s'inquiète des rapports faisant état de l'usage disproportionné de la force par les services de l'Etat, et en particulier les forces de sécurité » dans les Kasaï. D'ailleurs, sur les neuf personnalités visées par des sanctions, six sont en lien direct avec cette crise.

Mais l'idée des Européens, c'est aussi de remettre un coup de pression pour faire avancer la transition en panne depuis janvier. Et faire en sorte que le pays aille bien aux élections d'ici la fin de l'année comme il s'était engagé à le faire en décembre dernier. « Le processus électoral reste l'enjeu principal des prochains mois », insiste l'UE dans son communiqué.

Ces sanctions permettront-elles de changer la donne ? Rien n'est moins sûr tant la communauté internationale semble elle-même divisée sur la question. L'Union africaine pense ainsi que la méthode forte n'est pas la bonne et plaide plutôt pour un dialogue politique discret. Une délégation emmenée par l'Union africaine est d'ailleurs en ce moment à Kinshasa.

L'ONU de son côté, tiraillée entre ses différents Etats membres, n'est pas parvenue à ce jour à une position commune et claire sur la RDC. Enfin, sans l'Eglise catholique pour assurer la médiation entre pouvoir et opposition, les relais semblent de plus en plus limités pour faire pression sur les autorités.

L'UE « torp détachée des réalités de la RDC »

À Kinshasa, en ce moment, se trouve une délégation diplomatique de haut rang, qui comprend entre autres dans ses rangs le ministre des Affaires étrangères angolais, Georges Chikoti. Selon lui, les sanctions européennes sont « un peu précipitées ». Il se demande « si l'UE n'est pas un peu trop détachée des réalités de la RDC ».

« Le nouveau gouvernement vient d'être nommé, il faut laisser le temps aux choses, écouter les Congolais et leur donner la possibilité de travailler pour sortir de cet imbroglio », explique Georges Chikoti.

Le diplomate angolais souligne qu'il est depuis hier et pour deux jours à Kinshasa pour entendre tous les acteurs de l'accord du 31 décembre et faire un point d'étape de sa mise en oeuvre au sein de la délégation emmenée par le commissaire Paix et Sécurité de l'Union africaine (UA), Smail Chergui, associé au représentant spécial de l'ONU pour les Grands Lacs, Said Djinnit.

Georges Chikoti représente, lui, les pays voisins puisque l'Angola préside actuellement la CIRGL, la Conférence internationale sur la région des Grands Lacs, et fait partie de la commission Défense et Sécurité de la SADC, la Communauté de développement de l'Afrique australe.

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