Gambie: arrestation de Bubacarr Badjie, agent du renseignement

Adama Barrow s'est engagé à réformer les services secrets gambiens, soupçonnés d'avoir torturé et fait disparaître des opposants sous l'ancien régime (photo d'illustration, Banjul).
© RFI / Claire Bargelès

Un membre des services de renseignements gambiens est détenu par la police depuis samedi 10 juin. Il s'agit du conseiller juridique de l'agence la State Intelligence Services, anciennement NIA, National Intelligence Agency. Considéré comme un «—lanceur d'alerte—» par la presse gambienne, et un «—renégat—» par son agence, Bubacarr Badjie a été arrêté pour avoir écrit et diffusé un rapport dans lequel il critique les dérives de l'organisation. Incompétence des agents, pratiques douteuses, un texte regroupant les différentes critiques a été envoyé à l'office du président et a fuité dans la presse gambienne. Son auteur est désormais entendu pour divulgation d'informations confidentielles.

Selon Bubacarr Badjie, les promesses du gouvernement ne sont pour l'instant que des paroles en l'air. Adama Barrow s'est engagé à réformer les services secrets gambiens, soupçonnés d'avoir torturé et fait disparaître des opposants sous l'ancien régime.

Alors le nom et le directeur ont changé, et l'agence a perdu ses pouvoirs d'arrestation, mais selon le conseiller juridique, le ménage n'a pas été fait au sein des agents.

Il dénonce dans ce rapport un taux d'analphabétisme de 60% au sein des employés, une situation due selon lui à la forte présence d'anciens proches de Yahya Jammeh, sans compétences mais promus en raison de leurs liens avec l'ancien président.

Bubacarr Badjie ne s'arrête pas là : il affirme qu'un espion qui avait infiltré la campagne d'Adama Barrow pour le compte de l'ancien président se trouve toujours dans les rangs de l'agence, et que les preuves de tortures ont été effacées au sein du complexe de Banjul.

L'agence d'Etat a formellement réfuté les accusations d'analphabétisme et refuse de se prononcer sur le reste du rapport, contenant des informations sensibles.

Le conseiller juridique est actuellement entendu par la police pour ses agissements considérés comme contraire à l'éthique des agents des services de renseignements.