Le Qatar retire ses troupes de la frontière entre l'Erythrée et Djibouti

L'émir du Qatar, Cheikh Tamim ben Hamad Al Thani, ici à Koweit City en mars 2014.
© REUTERS/Hamad I Mohammed/File Photo

Le Qatar a retiré les troupes qu'il stationnait à la frontière entre l'Erythrée et Djibouti. Les deux pays ont un différend frontalier de longue date. Après des affrontements en 2008, Doha avait servi de médiateur et déployé des soldats dans la zone de Ras Doumeira pour servir de tampon. Finalement les Qataris ont annoncé le retrait de leurs hommes, sans préciser leur nombre ni pour quelle raison. Cette décision intervient en tout cas en pleine crise entre le Qatar et ses voisins. Doha est accusé de soutien au terrorisme par l'Arabie saoudite et ses alliés qui ont rompu leurs liens diplomatiques avec Doha.

Dans la tension actuelle avec le Qatar, l'Erythrée et Djibouti ont pris le parti de l'Arabie saoudite. Djibouti a même décidé de réduire sa représentation diplomatique dans l'émirat. Le retrait de ses 450 soldats serait donc, pour certains, une façon pour Doha de punir les deux pays pour leur soutien.

D'après Marc Lavergne, directeur de recherche au CNRS, « ce départ pourrait faire remonter la tension entre Djiboutiens et Erythréens ». Araya Desta, représentant d'Asmara à l'Union africaine, a d'ailleurs affirmé à Associeted Press que les troupes érythréennes se seraient déployées pour occuper le terrain laissé vacant par les Qataris. Le diplomate a toutefois précisé qu'il n'y avait aucune volonté de confrontation avec Djibouti.

Mais il existe un autre niveau de lecture possible selon Marc Lavergne. Le chercheur voit cela comme un signe d'apaisement envers l'Arabie saoudite. « C'est une concession symbolique pour apaiser la lutte d'influence géopolitique avec Riyad, très présent dans cette zone de la mer Rouge », dit-il.

Par ailleurs, l'Erythrée a beaucoup de liens avec l'Arabie saoudite, de nombreux ressortissants ayant immigré là-bas envoient de l'argent au pays, certains spécialistes considèrent Jeddah comme une capitale érythréenne bis. « Le Qatar prend les devants comme ca Asmara n'a pas besoin de demander le départ des soldats de Doha », conclut Marc Lavergne.