RDC: l’option d’une enquête internationale sur les Kasaï s’éloigne

Vue satellite de la ville de Luebo, dans le Kasaï, en RDC.
© GOOGLE MAPS

Il n'y aura a priori pas de commission d'enquête internationale sur les massacres dans le Grand Kasaï. Le vote d'une résolution au Conseil des droits de l'homme devait intervenir mardi 20 juin, puis jeudi. Finalement, ce sera le vendredi 23 juin.

Deux projets de résolution s'affrontaient. L'une portée par l'Union européenne, la France, la Grande-Bretagne, la Belgique prônant la création d'une mission d'enquête internationale ; l'autre par le groupe Afrique, avec la Tunisie, l'Egypte, l'Afrique du Sud et l'Angola avec l'Union africaine, prônant le statu quo, un soutien technique de l'ONU aux enquêtes du gouvernement.

Pour la Lutte pour le changement (Lucha), cette deuxième option est inacceptable. Le mouvement citoyen appelle à la mise en place d'une commission d'enquête et à mettre un terme à l'indifférence. Deux militants signent une lettre ouverte chez nos confrères de Jeune Afrique, intitulé « Il n'y a rien de pire pour un peuple que l'indifférence ».

Fred Bauma est l'un des auteurs de cette lettre, il suit les débats à Genève : « C’était assez frustrant en fait. J’ai l’impression que les discussions à Genève sont très éloignées de ce qui se passe sur le terrain, au Kasaï ou dans d’autres endroits où il y a des massacres, des tueries. La discussion ici est plutôt centrée sur des notions vagues de souveraineté, de protection des Etats les uns les autres. Ils n’ont apparemment et visiblement aucun intérêt à pouvoir réellement savoir ce qui se passe sur le terrain et à pouvoir établir la vérité et rendre justice à toutes ces victimes du conflit. Je pense qu’ils ont surtout en ce qui concerne le groupe africain, ils se cachent cette notion de solidarité entre le pays africain et ses principes de souveraineté. Ce qui est d’ailleurs drôle parce qu’ils oublient un autre principe, celui de nos différences face à ce genre de crimes. Donc il y a une sorte de protection entre les Etats africains et il n’y a pas malheureusement de solidarité entre le peuple africain. Mais plus que ça, ça remettrait en question l’efficacité de tous ces systèmes. L’ONU qui a finalement des mécanismes qui ne peuvent pas permettre de répondre réellement à de graves crises. La réalité, des droits humains, la vie des gens ne sont pas réellement considérés ».

Selon plusieurs sources onusiennes, l'Union européenne aurait jeté l'éponge. La résolution finale se basera sur la proposition du groupe Afrique, avec, promet-on, quelques améliorations.


■ Le cri d’alarme du conseiller de l’ONU pour la prévention du génocide

Alors qu’à Genève, les discussions se poursuivent, le conseiller spécial du secrétaire général de l’ONU pour la prévention du génocide est actuellement en visite en RDC. « Il faut ouvrir des enquêtes aux Kasaï », c'est en substance l'appel lancé par Adama Dieng.

J’ai mis l’accent sur l’impérieuse nécessité d’ouvrir des enquêtes, d’identifier les auteurs des crimes abominables qui ont été commis dans cette province. Tout a commencé avec une étincelle relativement à la gestion du dossier de succession des chefs coutumiers. Et voilà que cette étincelle a débordé un village pour affecter une province, et au-delà pour affecter même le Kasaï. Donc il nous faut aujourd’hui tout mettre en œuvre pour que les auteurs de ces crimes soient identifiés, traduits en justice, et s’ils sont reconnus coupables, punis. Mais il faut aussi mettre tout en œuvre pour cicatriser les blessures. En d’autres termes, faire en sorte que la paix revienne et que la réconciliation soit durable dans cette région du Kasaï.

Adama Dieng
22-06-2017 - Par Léa-Lisa Westerhoff

→ Découvrez notre webdocumentaire-enquête sur les violences dans le Kasaï. Cliquez sur l'image ou sur le lien ici.

© RFI

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