Cameroun: nouvelle audience pour les leaders de la contestation anglophone

Un avocat devant le tribunal de grande instance de Yaoundé (photo d'illustration).
© AFP PHOTO/REINNIER KAZE

Un avocat, un enseignant et un animateur radio comparaissent devant le tribunal militaire de Yaoundé avec 25 autres personnes arrêtées dans l'ouest du pays. Dans ces régions qui se disent marginalisées par le pouvoir central, aujourd'hui, les opérations « ville morte » ont succédé aux manifestations, mais la colère et la frustration sont toujours là. Les leaders, eux, sont accusés de terrorisme et risquent la peine de mort.

Ce sera la huitième audience pour les leaders anglophones et leurs avocats espèrent enfin parler du fond de l'affaire, comprendre par exemple comment ces personnalités se retrouvent accusées de faits aussi graves que terrorisme ou incitation à la sécession.

Jusqu'à présent, les audiences ont porté sur des questions de procédure. Les accusés ont tous plaidé non coupables et on sait maintenant qu'ils resteront en prison pendant le procès puisque les juges ont rejeté leur demande de mise en liberté. Reste le fond de l'affaire.

En principe, le ou les premiers témoins doivent être entendus ce jeudi 29 juin. Ils sont une dizaine en tout, des militaires ou des gendarmes en poste dans l'ouest anglophone. Chacun de ces témoins sera interrogé par le procureur puis par les avocats de la défense.

Des avocats qui souhaitent accélérer le processus : à ce rythme, avec une audience toutes les sept ou huit semaines, explique maître Assira, le procès risque de durer quatre ans. Il a donc prévu de demander une session bloquée. Cela signifie une série d'audiences à la suite, trois jours d'affilée serait déjà un progrès pour les avocats. Mais jusqu'à présent, le tribunal militaire a plutôt eu l'air de vouloir prendre son temps.

Autre personnalité camerounaise arrêtée au plus fort de cette crise anglophone, Paul Ayah Abine, magistrat de la Cour suprême, mis à la retraite il y a trois semaines et détenu depuis fin janvier au secrétariat d'Etat à la Défense. Ses avocats réclament la relaxe en affirmant que son arrestation ne s'est pas déroulée dans les conditions réglementaires. Une première demande a été rejetée, et la seconde est toujours sans réponse. Près de deux mois après l'appel des avocats, la Cour suprême assure qu'elle n'a toujours pas reçu le dossier.

→ A (ré)écouter : Comprendre la question anglophone au Cameroun