Corne de l’Afrique, autofinancement: avancées au dernier jour du sommet de l’UA

Les chefs d'Etat africains réunis lors du 29e sommet de l'UA à Addis-Abeba, Ethiopie, le 3 juillet 2017.
© REUTERS/Tiksa Negeri

A Addis-Abeba, le 29e sommet de l’Union africaine arrive à son terme. La conférence de presse finale est prévue pour ce mardi après-midi. D’ici là, quelques avancées notables ont été faites par les chefs d’Etat réunis dans la capitale éthiopienne.

Avec notre envoyé spécial à Addis-Abeba, Christophe Boisbouvier

Première avancée sur le conflit territorial qui oppose Djibouti à l’Erythrée sur les bords de la mer Rouge. L’inquiétude est forte depuis que les troupes du Qatar se sont retirées de la zone tampon.

A Addis-Abeba, le président djiboutien Ismaïl Omar Guelleh a demandé ce lundi à l’Union africaine d’imposer à l’Erythrée une démarcation de la frontière entre les deux pays. Et aujourd’hui mardi, on apprend qu’une mission de l’Union africaine conduite par le commissaire Paix et Sécurité, Ismaël Chergui, va se rendre dans les deux capitales, Asmara et Djibouti, pour essayer de relancer le dialogue.

Second point : la réforme de l’Union africaine et surtout le projet de son autofinancement. Lors du Conseil des ministres de vendredi plusieurs poids lourds du continent dont l’Afrique du Sud, l’Angola, l’Egypte, ont fait de la résistance et se sont montrés plutôt hostiles à l’idée de créer une taxe de 0,2% sur les produits importés en Afrique.

Mais depuis hier une nette majorité de chefs d’Etat s’est prononcée en faveur de cette taxe, et comme dit un délégué ivoirien : maintenant le mouvement est lancé, cette mesure d’autofinancement pourrait enfin entrer en vigueur l’année prochaine.

Kagame à la tête de l’UA ?

Autre annonce de ce sommet, le président du Rwanda devrait prendre la présidence tournante de l’organisation l’an prochain, en 2018. Ce n’est pas encore officiel. Ça n’a pas été annoncé dans la conférence de presse de clôture, mais c’est ce que tous les délégués ont confié à la sortie de ce sommet.

A noter tout de même qu’il y a une élection présidentielle au Rwanda d’ici la fin de l’année. Donc apparemment à Addis-Abeba, l’UA fait comme si les résultats de cette élection du mois d’août prochain étaient déjà connus et comme si Paul Kagame était déjà réélu. Et de fait, c’est ce que tout le monde dit, 2018 sera l’année Paul Kagame. C’est d’autant plus important pour la réforme de l’UA. C’est en effet le président rwandais qui a piloté le Comité de réforme de l’Union africaine.

Et dans cette réforme de l’Union africaine, il était prévu que le NEPAD, le Nouveau partenariat pour le développement de l’Afrique, soit mis sous la tutelle de la Commission de l’UA et ça a donné lieu à une petite passe d’armes ce matin entre la Guinée et le Sénégal. L’Agence de développement qu’est le NEPAD – son comité d’orientation – est présidée actuellement par le Sénégalais Macky Sall. Alors quand, pendant la cérémonie d’ouverture lundi, le président en exercice de l’Union africaine Alpha Condé a annoncé que cette agence allait passer sous la tutelle de la commission de l’Union africaine, la délégation sénégalaise n’a pas du tout apprécié.

Ce matin, lors du dernier huis clos de ce sommet, le ministre sénégalais des Affaires étrangères Mankeur Ndiaye, a lancé cette petite pique :  Macky Sall fait actuellement son deuxième mandat à la tête du NEPAD et s’il s’oppose à la réforme proposée, ce n’est pas parce qu’il brigue un troisième mandat, c’est pour une question de principe. Au Sénégal, on n’aime pas les troisièmes mandats.

Alors le ministre sénégalais voulait-il faire ainsi allusion au débat qui agite actuellement la classe politique guinéenne sur l’éventualité de modifier la Constitution de Guinée pour permettre au président Alpha Condé de se représenter en 2020 ? En tout cas, celui-ci a répondu assez vertement au ministre sénégalais sur le thème : « On n’a pas à recevoir de leçons de quiconque ».