Migrants: les ONG dénoncent l'idée d'un «code de conduite» en Méditerranée

Des migrants attendent d'être secourus par un bateau de l'ONG Save the children en Méditerrannée, le 18 juin 2017.
© REUTERS/Stefano Rellandini

Certains pays européens voudraient que les ONG qui viennent en aide aux migrants en mer Méditerranée se conforment à un « code de conduite ». L’Italie, la France et l’Allemagne craignent que la seule présence de ces ONG n’incite des demandeurs d’asile à faire la traversée entre la Libye et l’Italie. Tout le monde ne partage pas cet avis.

La présence de bons samaritains en Méditerranée pousse-t-elle des Africains à gagner l'Europe ? La question s'était déjà posée à l'époque de l'opération Mare Nostrum. La garde côtière italienne avait alors été accusée de « créer un appel d'air » en sauvant des bateaux en détresse. L'Italie a interrompu Mare Nostrum en 2014, sans entraîner une quelconque baisse du nombre des décès en mer. Ce constat avait poussé l'ex-président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, à déclarer que mettre un terme à Mare Nostrum avait été une grave erreur.

« Aujourd’hui nous sommes en chemin pour répéter cette grave erreur. C’est une perspective extrêmement préoccupante, s’alarme Charles Heller, chercheur au collège Goldsmith de l'université de Londres. Il n’y a absolument aucun besoin d’un code de conduite pour les activités des ONG qui opèrent en mer. Ces ONG ont déployé leurs bateaux alors que les Etats eux ont retiré leur opération de secours en mer Mare Nostrum. Ces ONG opèrent dans le cadre du droit maritime international qui oblige toute embarcation à se porter au secours de personnes en détresse. Et, par ailleurs, ces ONG opèrent sous la coordination des garde-côtes italiens. Elles font un travail qui sauve des vies et qui pallie l’absence des Etats. Il n’y a donc aucune nécessité d’un code de conduite particulier. Le but de ce code de conduite de la part des Etats est très clairement de contrôler les activités des ONG pour les éloigner des côtes libyennes, voire les forces d’arrêter. »

A (RE)LIRE → Les ONG ont-elles une part de responsabilité dans la crise des migrants en Méditerranée?

En Italie, un procureur a déjà accusé des ONG d’être de mèche avec des passeurs. Tommaso Fabbri, un porte-parole de Médecins sans frontières, dont un bateau recueille des migrants, redoute que le débat sur un éventuel code de bonne conduite fasse oublier l'essentiel.

On ne parle pas des vrais problèmes. Le vrai problème aujourd'hui, c'est qu'il y a une situation terrible en Libye. Les gens fuient la violence et les conflits et se mettent en danger dans des bateaux qui sont appelés des "bateaux de la mort". L'Europe ne fait rien pour mettre ces personnes en situation de demander protection de manière sécurisée.
Tommaso Fabbri
05-07-2017 - Par Cléa Broadhurst

Solidarité européenne

Les Nations unies estiment que d'autres pays européens devraient, comme l'Italie, accueillir des migrants. « L’Italie est devenue le principal point d’entrée en Europe via la Méditerranée. Les Italiens ont vraiment fait des efforts. Ils ont augmenté le nombre de places pour accueillir les migrants. Des efforts qui ont été faits aussi pour maintenir un système d’accueil qui fonctionne. Mais, par contre, ce système est en train d’atteindre ses limites et les Italiens attendent davantage de solidarité », explique Cécile Pouilly, une porte-parole du Haut-commissariat aux réfugiés (HCR).

Un « mécanisme régional de débarquement » est parfois évoqué, même s'il est trop tôt pour identifier les ports européens qui pourraient éventuellement recevoir des réfugiés, selon elle. « Il est trop tôt pour dire quels pays et combien de personnes évidemment, mais en tout cas c’est une des pistes qu’il faudrait explorer parce qu’on ne peut pas laisser la situation telle qu’elle est, souligne-t-elle. Déjà, rappelle-t-elle, en septembre 2015, les pays de l’Union européenne s’étaient mis d’accord pour un renforcement de la solidarité à travers ce schéma de relocalisation. On avait parlé de 30 000 relocalisations en dehors de l’Italie. Or, à ce jour, à peine 7 000 personnes sont parties. Cette solidarité n’est restée que balbutiante, en tout cas insuffisante. »

Lorsqu'il est question d'épauler l'Italie, peu de pays se bousculent au portillon. L'Autriche a même déjà annoncé qu'elle pourrait déployer des soldats à sa frontière avec l'Italie si l'afflux d'étrangers ne ralentit pas.

Environ 84 000 personnes sont arrivées en Italie par la mer depuis le début de l'année. Plus de 2 000 sont mortes pendant le trajet.