Erythrée: Asmara au patrimoine culturel mondial de l'Unesco

Le cinéma Impero (1937) symbole de l'architecture Art-Déco à Asmara, importée par la colonisation italienne.
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Samedi 8 juillet, celle qu'on surnomme « Piccola Roma », la « petite Rome » d'Afrique a été inscrite au patrimoine culturel mondial de l'Unesco. Une promotion bienvenue pour le régime autoritaire d'Asmara.

Pour l'Erythrée, c'est l'aboutissement d'un long travail commencé il y a plus de dix ans pour faire reconnaître par la communauté internationale l'architecture unique de sa capitale, essentiellement moderniste. C’est la première fois qu’un site érythréen figure sur la liste du patrimoine mondial.

Edward Denison, architecte et co-auteur d'un ouvrage sur l'architecture d'Asmara, revient sur la spécificité de cette ville : « Une des particularités historiques d'Asmara, c'est qu'elle combine différents styles architecturaux qui vont des années 10 aux années 30. C'est courant dans les villes coloniales conçues souvent comme des laboratoires architecturaux, avec des styles assez éclectiques. Mais après 1935 et l'invasion de l'Ethiopie par l'Italie, la ville a connu un programme de construction de grande échelle et les architectes ont appliqué le style rationaliste italien de l’époque. Le style moderniste s'est alors imposé à Asmara. »

« Les bâtiments révèlent cela, poursuit le spécialiste. Ils sont clairement modernes dans leur esthétique, mais ils ont aussi un côté assez flamboyant et ludique avec ce style futuriste. Comme cette station essence qui imite un avion avec deux grandes ailes de 30 m qui surplombent la station. Les cinémas, bars, stations-essence sont un témoignage exceptionnel de l’urbanisme au début du XXe siècle et de style moderniste. »

Pour les autorités d'Asmara, c'est aussi une bonne nouvelle pour tenter de donner une image plus positive de son pays généralement associé à la répression de ses opposants politiques et le grand nombre de migrants érythréens qui fuient la violence de l'autoritarisme et la pauvreté.