Scrutins en RDC: colère de l’opposition après les propos du président de la Céni

Le palais du Peuple, à Kinshasa, République démocratique du Congo.
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En RDC, les propos du président de la Commission électorale nationale indépendante (Céni), Corneille Nangaa, font réagir. Ce week-end, à plusieurs reprises, il a expliqué que les élections ne pourraient être techniquement organisées avant la date butoir du 31 décembre 2017, comme le prévoyait l'accord politique signé en décembre 2016.

L'opposition congolaise ne décolère pas après l'annonce d'un possible nouveau report de l'élection présidentielle. Dimanche, le président de la Commission électorale a annoncé qu'il ne serait pas possible d'organiser le scrutin avant la fin de cette année. La date avait pourtant été fixée en décembre 2016, après la fin du mandat de Joseph Kabila. Pouvoir et opposition s'étaient mis d'accord pour que la présidentielle et les législatives aient lieu avant la fin 2017.

Les propos tenus par le président de la Céni sont « outrageants » pour Pierre Lumbi, le président du G7, l'un des groupements de l'opposition : « C’est outrageant pour la population parce que les raisons qui sont avancées par Nangaa sont des raisons farfelues. La raison réelle de la non-organisation des élections doit être cherchée ailleurs. C’est beaucoup plus l’instrumentalisation de la Céni par le président et sa famille politique. Nous, nous pensons qu’il est encore possible de tenir le calendrier. Et s’il ne peut pas tenir ce calendrier-là, on a prévu dans le cadre de l’Accord des mécanismes. Pourquoi est-ce que Nangaa n’a pas pu discuter avec les autres acteurs politiques ? Il y a un mécanisme au sein de la Céni, dans lequel nous nous concertons régulièrement pour parler de ce genre de choses. Il faut pouvoir en discuter. Et il n’a discuté avec personne, si ce n’est bien entendu, [avec] ceux qui lui dictent la conduite qu’il faut tenir. C’est une volonté manifeste de bloquer le processus électoral ».

Raisons sécuritaires

Pour expliquer ce retard, le président de la Céni met en avant l'insécurité qui règne dans certaines régions du pays, notamment le Kasaï, ne permet pas de garantir le bon déroulement des élections. Mais pour Augustin Kabuya, le porte-parole du parti d'opposition de l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS), l'argument sécuritaire ne tient pas : « D’abord, la fameuse situation d’insécurité, c’est eux-mêmes qui en sont à la base. La preuve en est que quand la communauté internationale a mené des enquêtes pour connaître l’origine de cette insécurité, le gouvernement s’y est opposé. Ils brandissent l’argument selon lequel nous sommes un Etat souverain. Ils veulent être juges et parties. C’est là où nous disons qu'ils ne veulent plus qu’il y ait des élections cette année pour que Monsieur Joseph Kabila s’éternise au pouvoir. Et nous à notre niveau, nous ne sommes pas prêts pour un quelconque dialogue. Ça, je vous dis, Joseph Kabila a déjà épuisé tous les deux mandats depuis le 19 décembre de l’année passée ».

L'argument financier ne tient pas non plus selon Eve Bazaiba la secrétaire générale du MLC : « Il y a eu 250 millions de dollars chaque année dans l’exercice budgétaire qui étaient destinés à l’organisation des élections. Où est parti cet argent ? En ce qui concerne le financement pour la logistique des élections, la résolution du Conseil de sécurité des Nations unies donne la possibilité à la République démocratique du Congo de bénéficier de l’accompagnement de la communauté internationale ».

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De leurs côtés à New York, les Nations unies, chargées de veiller à la mise en œuvre de l'accord politique de la Saint-Sylvestre, disent avoir « pris note des déclarations du président de la Céni » et « espérer » qu'elle « publiera bientôt un calendrier électoral, clarifiant quand les élections présidentielle et législatives auront lieu ».