La Chine envoie ses premiers soldats dans sa nouvelle base de Djibouti

Des militaires chinois sur le pont de leur navire dans le port de Zhanjiang en direction de Djibouti, le 11 juillet 2017.
© REUTERS/Stringer

Trois navires de la marine chinoise ont quitté, ce mardi, le port de Guandong dans le sud du pays, ce mercredi 12 juillet. A leur bord, les premiers effectifs qui vont rejoindre la nouvelle base militaire chinoise de Djibouti, la première sur le continent.

La Chine doit devenir une superpuissance navale annonçait Pékin en 2015. L’enjeu principal est de sécuriser ses voies commerciales. Depuis 2008, la marine chinoise est déployée dans le golfe d’Aden pour protéger ses navires contre la piraterie. Ces opérations nécessitent un point d’escale et de ravitaillement stratégiquement placé sur les nouvelles routes de la soie. Un vaste projet qui vise  à « relancer » l’économie chinoise, via un « grand corridor commercial » passant notamment par la corne de l’Afrique, pour finalement relier l’Europe.

A Djibouti, la Chine vient rejoindre la France, les Américains, le Japon, l’Allemagne, l’Italie et l’Union européenne qui y possèdent déjà leurs installations militaires. C’est une grande première pour Pékin qui préfère néanmoins jouer la discrétion. Au terme de base militaire, Pékin préfère celui de base logistique. Installée entre la zone franche et le nouveau port financés par la Chine, son objectif affiché est de fournir du ravitaillement en vivres et en carburant ainsi qu'une escale et du repos à ses marins qui participent aux opérations d’escortes, d’évacuation, de maintien de la paix ou de soutien humanitaire.

Position stratégique

C’est en tout ce cas ce qu’affirme le ministère chinois de la Défense, comme la France, les Etats-Unis, l’Allemagne, l’Italie ou le Japon avant elle. La Chine entend profiter de la position stratégique de Djibouti, ilot de stabilité dans la corne de l'Afrique, pour affirmer son statut de grande puissance. Djibouti c’est aussi une porte d’entrée en Afrique de l’Est. La Chine finance de grands travaux d’infrastructure qui, comme la voie ferrée vers Addis-Abeba ou le tout nouveau port de Doraleh, lui permet d’importer des matières premières et d’écouler ses produits manufacturés sur le continent. Pékin doit donc protéger ses investissements, mais aussi ses ressortissants. Ils sont plus d’un million en Afrique. En 2011, l’évacuation de 35 000 Chinois hors de Libye a été un véritable défi logistique soutenu par l’Egypte, la Tunisies et le Soudan.

Mais les Occidentaux regardent d’un œil inquiet l’arrivée de ce nouveau voisin qui ne communique que très peu sur les caractéristiques de son futur centre opérationnel. L’arrivée de ce nouveau voisin fait grincer des dents, notamment japonaises et américaines. Washington a fait part de son inquiétude concernant les regards indiscrets sur ses installations militaires, mais aussi sur la capacité de projection qu’offre à la Chine sa nouvelle position djiboutienne et qui pourrait bouleverser l’équilibre géopolitique si Pékin venait à abandonner le principe de non-intervention.

Le président djiboutien a d’abord évoqué une capacité de 400 hommes, avant que son ministre des Affaires étrangères ne le fixe à 2 000. En tout cas, les trois navires qui ont quitté le port de Zhanjiang ce mardi 11 juillet ne sont a priori pas en mesure de transporter plus d’un millier de personnes.