Libye: une fatwa contre la confession musulmane Ibadi crée la polémique

Une vue de Tripoli (Place verte), capitale de la Libye.
© Jaw101ie/wikimedia.org

C'est une affaire qui remonte au 9 juillet dernier en Libye. Sur le site du ministère des Affaires religieuses du gouvernement de l'Est, une fatwa affirme que la confession musulmane Ibadi, confession qui existe au Maghreb, à Oman et à Zanzibar, est une confession «dépravée et aberrante». La fatwa ajoute qu’il n’est pas permis de faire la prière dans les mosquées derrière un prêcheur Ibadi. Depuis, la polémique enfle et l’incompréhension est à son comble chez les musulmans de cette confession, les Amazighes, en Libye. Mais le malaise frappe aussi la société civile qui voit dans cette affaire une influence des salafistes saoudiens.

« Cette fatwa est étrangère à l’esprit des Libyens, son but est de créer plus de discorde entre nous », affirme Ibrahim Grada, un diplomate libyen lui-même Amazighe. Et de souligner : « Cela fait des longs siècles que l’on vit ensemble en Libye, sans jamais avoir des problèmes. » Pour l'instant, ni le gouvernement de l’Est ni celui de l’Ouest ni le Parlement n'ont réagi.

Ce diplomate s’étonne d’ailleurs de l'absence de réaction officielle dénonçant cette fatwa. Pour Ibrahim Grada, une telle fatwa est l'œuvre d’extrémismes salafistes. Elle aura une répercussion grave sur la société libyenne. « Elle cassera la coexistence, non seulement entre Libyens, mais aussi entre arabe et Amazighes », analyse ce diplomate.

Pour Safwan al-Masouri, un défenseur des droits de l’homme, il s’agit d'une marque du wahhabisme importé d’Arabie saoudite. « Ce qui se passe est dévastateur, constate cet activiste, les salafistes dominent la vie sociale et politique dans l’est du pays où nous avons désormais un grand problème avec les libertés. » Selon lui, même l’armée libyenne est sous domination des salafistes, omniprésents. « Ils considèrent comme mécréants tous ceux qui ne pensent pas comme eux. Leur influence va s’accroitre encore avec la fin de la guerre contre le terrorisme », affirme Safwan al-Masouri.

« Les divisions sont les dangers les plus graves qui menacent la stabilité et la paix en Libye », estime enfin Dar al-Fatwa, une institution religieuse réputée proche des Qataris. De son côté, le Haut Conseil des Amazighes libyens a catégoriquement refusé cette fatwa, la décrivant comme un « appel clair au génocide des Amazighes ». Il appelle les Libyens à ne pas suivre ces incitations dangereuses à la discrimination et à la division dans le pays.

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