Les contours encore flous de l'Alliance pour le Sahel

L«'Alliance pour le Sahel» est l'initiative lancée par Emmanuel Macron (G), ici avec le président mauritanien (G), lors du G5 Sahel le 2 juillet 2017.
© REUTERS/Christophe Archambault/Pool

A l'issue du Conseil des ministres franco-allemands du 13 juillet, la France, l'Allemagne ont acté leur participation à l'Alliance pour le Sahel, une initiative lancée par Emmanuel Macron lors du sommet du G5 le 2 juillet. Cette structure vise à faciliter les échanges et la mise en commun des financements entre bailleurs internationaux pour accélérer et rendre plus efficace l'aide au développement au Sahel. Les 200 millions d'euros que l'Agence française de développement doit mobiliser en 5 ans pour les pays du G5 devraient transiter, au moins en partie, par cette nouvelle plateforme. Mais les annonces des autres partenaires sur les fonds qu'ils comptent mobiliser se font attendre.

La création de l'Alliance pour le Sahel part d'un constat bien connu : insécurité et pauvreté s'alimentent mutuellement. D'où la nécessité de ne pas avoir une approche uniquement sécuritaire de la lutte contre le terrorisme et l'immigration illégale, mais de travailler sur l'amélioration des conditions de vie des populations et le renforcement de l'Etat de droit pour assurer une stabilisation à plus long terme.

Dans cette perspective, l'Alliance doit permettre aux bailleurs de mettre en commun leur stratégie et les fonds disponibles, autour de quatre axes : éducation/formation, agriculture, justice/bonne gouvernance et lutte contre le changement climatique.

Et pour plus d'efficacité, l'accent devrait être mis sur « un nombre réduit d'engagements mutuels entre pays du G5 et bailleurs, avec des objectifs concrets à 1, 3 et 5 ans », régulièrement évalués par un organisme indépendant.

Contribution financière à déterminer

Au-delà de l'Union européenne, de la France et de l'Allemagne, le fonds des Nations unies pour le développement, la Banque africaine de développement et la Banque mondiale ont déjà acté leur participation. Mais sans annoncer un quelconque chiffre sur leur contribution financière pour le moment.

Quant au volet sécuritaire, les membres de l'Alliance évoquent bien la nécessité d'un soutien amplifié aux forces de sécurité locales et à la force conjointe du G5. Mais là encore, sans aucune précision sur les modalités de l'aide ou les montants qui pourraient être alloués.


■ La situation au Sahel inquiète l’ONU

Le représentant spécial des Nations unies en Afrique de l’Ouest a fait part, ce jeudi, au Conseil de sécurité de ses vives préoccupations face à la dégradation de la situation sécuritaire dans la région et en particulier au Sahel. Mohamed Ibn Chambas a incité les pays membres à apporter plus de soutien aux pays du G5 Sahel : « Les efforts menés par les États membres de la région pour améliorer le développement et la sécurité des personnes ont été freinés par de traditionnels et nouveaux moteurs de conflit et d'insécurité. Le terrorisme et l'extrémisme violents, ajoutés aux crises humanitaires et aux menaces sur l'intégrité des états qu'ils engendrent, ont exacerbé les facteurs d'instabilité traditionnels. Au Sahel, l'instabilité persistante au Mali déborde sur le Burkina Faso et le Niger, avec des attaques meurtrières sur les zones frontalières. La région du Liptako-Gourma, à la jonction du Mali, du Burkina Faso et du Niger, a connu une expansion importante d'actions menées par des terroristes et extrémistes violents au cours des derniers mois, avec notamment des attaques coordonnées le long des frontières contre des postes de sécurité et le pillage des localités frontalières. Des groupes extrémistes violents ont ciblé les provinces de Soum, Louroum et Yatenga au nord du Burkina,  et les régions de Tillaberi et Tahoua à l'ouest du Niger. Je veux rendre ici hommage aux pays du Sahel pour leurs efforts constants pour relever ces défis sécuritaires au niveau national comme régional. Il faut leur apporter plus de soutien pour les aider dans cette tâche difficile ».