RDC: le cri d'alarme du directeur de la Banque centrale

Le franc congolais.
© Crédit: wikimedia commons

L'économie congolaise se porte très mal. Des propos tenus par le gouverneur de la Banque centrale lundi à l'occasion d'un séminaire avec les opérateurs du secteur minier. Déogratias Mutombo a décrit une économie en surchauffe. Avec une inflation de plus en plus galopante et une réserve de change de plus en plus réduite. Pour la paie des fonctionnaires du mois de juillet, la Banque centrale - dans l'attente de recettes - a même décidé d'étaler ses décaissements aux banques commerciales sur une dizaine de jours.

L'économie congolaise est en surchauffe. Avec l'inflation galopante, sur les six derniers mois de l'année 2016, les prix avaient enregistré une hausse de près de 40% et le phénomène ne fait que s'aggraver en 2017. En juin notamment, l'inflation était pour ce seul mois de plus de 7%.

Phénomène inverse pour les réserves de change, elles sont au plus bas : trois semaines et demie à peine quand la norme est de trois mois. Or le Congo importe presque tous les biens de consommation courante et subventionne même les prix des carburants. Pourtant, depuis janvier 2016, on parle de mesures « urgentes » de redressement de l'économie face à la baisse des cours des matières premières, réduction drastique du train de vie de l'Etat et chasse aux détournements, notamment des recettes fiscales.

Mais pour un économiste congolais, si les mesures avancées depuis sont les bonnes, elles n'ont jamais été véritablement mises en oeuvre. Résultat : la Banque centrale du Congo ne parvient plus à payer en une fois le salaire des fonctionnaires aux banques commerciales et a décidé en ce mois de juillet d'étaler ce paiement sur 10 jours en espérant l'entrée dans les caisses de l'Etat de nouvelles recettes.

Son gouverneur, Deogratias Mutombo, met en cause notamment le secteur minier qui selon lui ne répondrait pas à son obligation légale de rapatrier au Congo 40% de ses recettes d'exportation, synonyme d'injection de devises dans l'économie.

Le patronat congolais se dit prêt à collaborer avec les autorités mais dément que ses membres contreviennent à la loi en vigueur. Le secteur minier serait, selon la fédération des entreprises du Congo, trop souvent pris comme bouc émissaire.

Nous ne voulons pas passer pour les boucs émissaires...
Pour John Kanyoni, vice-président de la chambre des mines de la FEC, la Fédération des entreprises du Congo, le patronat, le secteur minier sert trop souvent de bouc émissaire.
19-07-2017 - Par Sonia Rolley


Le secteur minier est-il responsable ?

Selon le code minier, les entreprises du secteur minier ont l'obligation de rapatrier 40% de leurs recettes d'exportation. Concrètement, cela signifie qu'elles doivent les placer sur un compte et dépenser cet argent en RDC. La Banque Centrale n'en voit pas un centime. Mais cela permet d'injecter des devises dans l'économie congolaise qui en manque cruellement.

En janvier 2016, la Banque centrale du Congo avait injecté plus de 265 millions de dollars pour stabiliser les prix et l'économie, mais aujourd'hui, il n'en est plus question. Avec trois semaines et demie de réserves de change, il faut trouver un autre moyen.

Résultat, la BCC a décidé de lancer dans deux semaines une vague de contrôle tous azimuts. Elle a d'ores et déjà annoncé une hausse du prix des amendes en cas de manquement à cette règle. Des amendes multipliées par deux, voire même jusqu'à 20 parfois. La Fédération des entreprises du Congo se dit prête à travailler avec les autorités, mais affirme qu'à sa connaissance, tous ses membres sont en règle. En tout cas, les entreprises qui sont régies par le code minier.

Certaines bénéficient toujours de conventions minières signées avant l'entrée en vigueur du code minier. Comme TFM qui produit des dizaines, voire même des centaines de milliers de tonnes de cuivre ou de cobalt chaque année. Mais pour le patronat congolais, cette entreprise - comme d'autres - n'est pas soumise à cette obligation légale des 40%.