Libye: Fayez al-Sarraj et Khalifa Haftar adoptent un plan de sortie de crise

Le Premier ministre libyen Fayez al-Sarraj (g) et le général Khalifa Haftar, chef d'une force baptisée Armée nationale libyenne (ANL), se serrent la main devant le président français Emmanuel Macron, à Celle-Saint-Cloud, près de Paris, le 25 juillet 2017.
© REUTERS/Philippe Wojazer

Lors d'une rencontre ce mardi 25 juillet à La Celle-Saint-Cloud, près de Paris, Fayez al-Sarraj et Khalifa Haftar ont adopté une déclaration commune pour une sortie de crise en Libye. Le président Emmanuel Macron, sous l'égide duquel cette rencontre était organisée, a salué «le courage historique» des deux hommes forts de Libye et annoncé un accord pour un processus électoral «au printemps».

C'est un texte en forme de feuille de route que les deux hommes forts de Libye ont adopté, lors d'une rencontre placée sous l'égide de la France et des Nations unies. Cet accord de principe en 10 points, agréé mais pas signé par les deux belligérants de la crise libyenne prévoit notamment la mise en place d'un cessez-le-feu, l'inclusion des différentes parties au conflit, la réinsertion des combattants dans une nouvelle armée unifiée et surtout un processus électoral fixé au printemps prochain. Cette déclaration se fait dans le cadre de l'accord signé à Skhirat en 2015, mais ce dernier pourra être amendé, précise le texte.

Fayez al-Sarraj et Khalifa Haftar ont ensuite échangé une poignée de mains devant le président français Emmanuel Macron, qui a ensuite pris la parole. « Le courage qui est le vôtre aujourd'hui est historique », a déclaré le chef de l'Etat. « Beaucoup reste à faire. Les rivalités politiques et militaires risquent de mettre à mal ces efforts », a-t-il ajouté. Avant de conclure : « Si la Libye échoue, c'est toute la région qui échoue, avec des conséquences directes sur l'Europe ».

La France souhaite que cette déclaration permette de lutter contre le terrorisme et les trafics. Car Emmanuel Macron considère qu’en cas d’échec, l’Europe serait en première ligne. « Si nous ne réussissons pas ce processus, à travers les risques terroristes, à travers les conséquences migratoires qu'un tel échec produirait, les conséquences sur nos pays sont directs. » Reste à voir si sur le terrain, et alors que les combats se poursuivent, tous les protagonistes de la crise se conformeront à cette déclaration de principe.

Ce processus va permettre de construire cette réconciliation et de lutter encore plus efficacement contre le terrorisme et le trafic. Car les deux ont partie liée dans toute la région.
Emmanuel Macron
26-07-2017 - Par Carol Valade

Le ministre libyen des Affaires étrangères, membre du gouvernement d'union nationale, considère en tout cas que cet accord « important » est un « pas historique » dans ce dossier. « Les rencontres étaient intéressantes et l'accord, dans les dix points qu'il comprend, était conçu d'une manière claire, sincère et précise », estime Mohamad Lamine Syala.

Le ministre se veut optimiste : « Cet accord nous fera faire un pas en avant, surtout si les intentions sont bonnes et s'il est appliqué d'une manière sérieuse, en incluant toutes les autres parties. Cette solution sera alors celle de tous les Libyens. La société libyenne est une société conciliante. Je pense que les Libyens finiront par se réconcilier, surtout lorsque cesseront les interventions étrangères. Ils se réconcilieront si on les laisse décider de leur sort. »

Si d'aucuns décident de s'exclure eux-mêmes de ce processus, ils prendront une responsabilité politique (...) Il y a des groupements qui ont décidé de ne pas rentrer dans un jeu politique, mais d'être dans une démarche uniquement militaire, voire terrorisme. Ceux-là, nous les combattons avec une immense détermination.
Emmanuel Macron
25-07-2017 - Par RFI

La rencontre de La Celle-Saint-Cloud apporte en tout cas une légitimité politique  au niveau international au maréchal Khalifa Haftar. Et cela intervient après les avancées que l’homme fort de l’est libyen a réalisées sur le terrain et sa guerre depuis trois ans contre les intégristes. Khalifa Haftar, selon une source à l’Elysée, accède par cette déclaration à une reconnaissance internationale.

Une initiative qui fait aussi grincer des dents

Les efforts de Paris s’inscrivent dans la continuité de ce qui a été réalisé auparavant par les différents pays arabes, africains et occidentaux. Le ministre français des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian était d'ailleurs hier à Rome pour poursuivre son activité diplomatique autour de la Libye. Fayez al-Sarraj s’y rendra à son tour ce mercredi. Car l’Italie, qui est en première ligne des flux migratoires, a du mal à accepter cette initiative française.

Mais au delà de l'Italie, la France insiste pour dire qu'elle a contacté discrètement tous les pays impliqué dans la crise libyenne, les pays voisins comme les cinq membres permanents des Nations unies. Et pourtant, nombreux sont ceux qui grincent des dents.

C'est le cas de l'Algérie, qui recevra à nouveau la semaine prochaine plusieurs partis libyens toujours dans le cadre de ses efforts pour une sortie de la crise.

C'est le cas aussi de l'Egypte, qui se range derrière Khalifa Haftar. A plusieurs reprises elle échoué à réunir les deux principaux protagonistes de la crise libyenne. Mardi soir à Paris, Sameh Chokri, ministre des Affaires étrangères égyptien a longuement rencontré Fayez al-Sarraj dans son hôtel parisien. Si l'Egypte dit se coordonner avec la présidence française sur le dossier libyen, la réussite des rencontres de la Celle St Cloud a un goût d'échec pour Le Caire.