Burundi: toujours des interrogations autour du déplacement de Nkurunziza en Tanzanie

(Image d'illustration) Pierre Nkurunziza, à Bujumbura, le 16 mai 2016.
© REUTERS/Evrard Ngendakumana

La semaine dernière, le président burundais Pierre Nkurunziza s’est rendu en Tanzanie. Depuis 2015 et la tentative de de putsch du mois de mai, c’était la première fois que le chef de l’Etat quittait son pays. Une visite à l’étranger devenue indispensable pour la diplomatie burundaise.

Le Burundi traverse une grave crise politique depuis 2015, née de la volonté du président Nkurunziza de briguer un troisième mandat, qu'il a d’ailleurs obtenu. Le problème, c'est que le dialogue de sortie de crise sous les auspices de l'EAC, la Communauté des Etats de l'Afrique de l'Est, est totalement en panne. Bujumbura refuse de s'assoir à la même table de négociation que son opposition en exil. Et le pouvoir persiste malgré les pressions de la communauté internationale et les sanctions de l'Union européenne.

Des sources diplomatiques expliquent que si Pierre Nkurunziza s'était abstenu de voyager à l'étranger jusqu'ici, c'était surtout pour éviter les pressions de ses pairs. Par exemple, il n'a plus participé aux nombreux sommets de l'EAC qui ont eu lieu depuis lors, alors que le Burundi était à chaque fois au menu des discussions. Le principal médiateur dans cette crise, le président ougandais Yoweri Museveni a tenté au moins à trois reprises de rencontrer le président Pierre Nkurunziza, sans succès. A chaque fois, le président burundais a invoqué un calendrier chargé pour l'éviter.

Les chefs d’Etat de la région ont donc finalement décidé de mandater le président tanzanien, John Magufuli, pour tenter de le convaincre de participer aux pourparlers de paix. D'où cette rencontre la semaine dernière à Ngara, à une trentaine de kilomètres de la frontière des deux pays. Pierre Nkurunziza accepté de rencontrer son homologue tanzanien essentiellement parce que la Tanzanie a les arguments qu’il faut pour se faire entendre. D'abord, le Burundi est un pays totalement enclavé, qui dépend en grande partie de la Tanzanie pour ses approvisionnements. Bujumbura ne peut donc pas se permettre de fâcher son grand voisin de l'Est.

Eviter la rencontre avec Museveni

De plus, la Tanzanie a servi pendant la guerre civile au Burundi, de base arrière à la rébellion du CNDD-FDD aujourd’hui au pouvoir. Ce pays est considéré comme le principal soutien de Nkurunziza dans la région. Enfin, le président burundais se trouvait en Tanzanie lors de la tentative de coup d’Etat de mai 2015, au plus fort des manifestations contre son troisième mandat. La Tanzanie a joué un grand rôle dans son retour aux affaires en facilitant son retour au pays à l'époque. Pierre Nkurunziza avait donc intérêt à discuter avec le président tanzanien qui le soutient plutôt que Yoweri Museveni, dont il se méfie énormément et qu'il considère comme un proche de son ennemi juré, le rwandais Paul Kagame.

Pour ce déplacement exceptionnel, une forte délégation accompagnait le président. Il est, en effet, parti avec cinq de ses principaux ministres, notamment celui de la Sécurité publique, considéré comme le numéro deux du régime, le général Alain-Guillaume Bunyoni, celui de la Défense, mais aussi celui des Finances. Officiellement, c'était parce que cette visite express avait pour objectif de redynamiser les relations économiques entre les deux pays.

Mais des sources diplomatiques assurent que la question du dialogue de sortie de crise au Burundi devait être au cœur de leurs discussions. Ce que les services de communication de la présidence nient totalement et d’ailleurs le communiqué final de la rencontre n'y fait pas allusion. Des diplomates estiment néanmoins que l’on ne devrait pas tarder à savoir ce qui s'est dit réellement lors de cette fameuse rencontre.

Peu de couverture médiatique

Cette visite a quand même été discrète dans le pays. Les médias locaux et les chaînes de télévision en ont parlé, mais avec beaucoup de retard tout simplement parce que la visite a été préparée dans le plus grand secret, notamment pour des raisons de sécurité. La présidence, par exemple, continuait de nier l'existence de ce rendez-vous à quelques heures de la rencontre.

Ikiriho, un site d’information proche du pouvoir, a commencé à évoquer ce rendez-vous lorsque Pierre Nkurunziza a traversé la frontière des deux pays.  Puis la radiotélévision nationale est entrée en jeu. Dans les deux cas, on a eu droit à une couverture plutôt factuelle, dont l'objectif était de conforter la version officielle et cela a plutôt était bien réussi. A l’occasion de cette rencontre, les deux chefs d’Etat ont d’ailleurs appelé les réfugiés burundais à regagner le pays en assurant qu’il était totalement en paix.