Référendum en Mauritanie: la tension à son comble entre le président et le Sénat

Le président mauritanien Mohamed Ould Abdel Aziz (image d'archives).
© LINTAO ZHANG / POOL / AFP

La campagne pour le référendum constitutionnel contesté prévu ce samedi 5 août en Mauritanie prend fin ce jeudi à minuit. La révision proposée comporte notamment un changement de drapeau et la suppression du Sénat. Face au camp du «oui», qui regroupe la majorité présidentielle et les quelques partis de l'opposition dite «dialoguiste», les principaux partis d'opposition appellent au boycott du scrutin qu'ils jugent anticonstitutionnel. Avant de convoquer lui-même le référendum, le président avait d'abord consulté le Parlement : si les députés avaient voté pour son organisation, le Sénat, pourtant acquis à la majorité présidentielle, s'était prononcé contre. Depuis, le ton n'a cessé de monter entre le président et les sénateurs.

Depuis l'annonce du référendum, le président Ould Abdel Aziz a avancé deux arguments principaux pour la suppression du Sénat : moderniser la vie politique, en le remplaçant par des conseils régionaux pour mieux décentraliser le pays et promouvoir le développement local ; mais aussi faire des économies.

En 25 ans d'existence, le Sénat a coûté plus de 37 millions d'euros sans réel profit pour les populations, a martelé le chef de l'Etat. De son côté, la majorité des sénateurs, qui s'était prononcée contre le référendum, a accusé le président de passer en force et violer la Constitution.

Au fil de la campagne, le bras de fer s'est durci : le président dénonçant l'inutilité et la corruption des sénateurs, pendant que ces derniers lui reprochaient de porter atteinte à la démocratie en ne respectant pas le vote de la Chambre.

Ces derniers jours, les accusations sont encore montées d'un cran : un sénateur a affirmé à la télévision pouvoir prouver l'enrichissement illicite du chef de l'Etat. Tandis qu'est apparu sur les réseaux sociaux un enregistrement attribué, justement, à ce même sénateur, dans lequel on l'entendrait parler d'achat de voix et d'aide financière à l'opposition.

C'est dans ce contexte tendu que les sénateurs ont annoncé mercredi qu'ils occuperaient le Sénat jusqu'à ce que le président leur présente des excuses. Le chef de l'Etat a lui promis des « révélations » lors de son dernier meeting ce jeudi soir.