Experts de l’ONU tués en RDC: le réquisitoire reporté dans le procès Kananga

Les experts de l'ONU Zaida Catalan (photo de 2009) et Michael Sharp ont été assassinés dans le Kasaï, en mars 2017.
© BERTIL ERICSON, TIMO MUELLER / TT News Agency / AFP

C’est un rebondissement dans le procès de Kananga, qui juge les assassins présumés des deux experts de l’ONU Michael Sharp et Zaida Catalan, en mars dernier. Le tribunal a finalement accepté la requête de la défense réclamant de mener une reconstitution sur les lieux du crime. Celle-ci est programmée pour le 21 août prochain.

Le procès devait toucher à sa fin cette semaine, avec le réquisitoire dès ce lundi 7 août et les plaidoiries des avocats de la défense mercredi 9 août. Mais finalement, en dernière minute et alors que l’audience avait déjà démarré, le tribunal a finalement décidé de reporter le réquisitoire, suite à une requête de la défense.

Les avocats des deux principaux accusés demandaient depuis des semaines une reconstitution sur les lieux du crime. Requête qui a donc été accordée, et la cour se déplacera le 21 août à Moyo-Musuila, localité près duquel les corps des deux experts ont été découverts.

« Recouper ce qu'il se raconte dans la salle »

Une décision qui a surpris les avocats de la défense, mais dont ils se félicitent. « Nous estimons que la descente sur le terrain est très importante, parce que cela va nous permettre de recouper tout ce qu’il se raconte dans la salle. Il y a un témoin qui s’était même permis de dire que Evariste Ilungalumu se serait promené avec la tête de Zaida Catalan dans le village… On se rend au-dit village, les gens nous confirmeront, ou nous diront le contraire » se félicite Me Serge Miseka. Joint par RFI, l'avocat d'Evariste Ilungalumu, principal accusé dans ce procès, juge que cette reconstitution « permettra de faire éclater la vérité ».

En revanche, les nouveaux suspects et les accusés arrêtés depuis le 17 juin n'ont toujours pas été présentés devant la cour. Dans le box des accusés, quatre individus - sur une vingtaine -, accusés d'avoir participé à l'exécution des deux experts de l'ONU.

Les chefs d'accusation retenus contre eux sont « mouvement insurrectionnel », « terrorisme » et « crime de guerre par meurtre et mutilation ». Tous les accusés présents ont plaidé non coupable. Les autres, absents, sont jugés par contumace. Ce procès a démarré le 5 juin, et une vingtaine d’audiences se sont déjà tenues.

Beaucoup d'absents dans le box

Le réquisitoire qui devait être prononcé ce lundi devait intervenir alors que des nouveaux suspects ont été arrêtés. Six nouvelles personnes ont été interpellées vendredi dernier 4 août dont deux transférées à Kananga. Donat Mputu et Ngalamulume Beya ne figurent pourtant pas sur la liste des accusés jusqu'à présent, on ignore encore s'ils seront présentés ce lundi devant la cour. Mais ils auraient participé aux meurtres des deux experts, à en croire Jean Bosco Mukanda, témoin vedette de ce procès et de toute la procédure.

C'est lui, cet enseignant de Bunkonde, ex-chef de milice Kamuina Nsapu et informateur de l'armée congolaise, qui à chaque étape a fourni l'essentiel des informations relatives à l'exécution des deux experts. Le premier à avoir annoncé leur mort quelques minutes après leur exécution, à désigner les principaux suspects et à donner des précisions sur le lieu d'enfouissement des corps de Michael Sharp et Zaida Catalan. Jean Bosco Mukanda a reconnu être sur les lieux du drame, sans jamais que sa position de témoin ne soit mise en cause par la justice militaire congolaise.

Plus surprenant encore, ce n'est pas la première fois qu'on annonce de nouvelles arrestations dans ce dossier, plusieurs autres suspects avaient été arrêtés fin juin. Information confirmée à l'époque par le gouvernement. Mais aucun n'est apparu sur le banc des accusés. Pas même Ntumba Dialolo, officiellement arrêté le 17 juin et qui à l'heure actuelle est donc jugé par contumace devant la cour militaire de Kananga pour le meurtre des deux experts.


■ Qui sont les quatre accusés ?

Le principal accusé, c'est Evariste Ilunga dit « beau gars ». Dans la vidéo de l'exécution des deux experts, Evariste Ilunga est identifiable, c'est le seul. Bandeau rouge flambant neuf et chemise noire, le principal suspect du procès de Kananga, visiblement surpris, fuit au premier coup de feu contre l'Américain Michael Sharp. Il disparait de l'image jusqu'à la décapitation, et revient presque à la toute fin couper une mèche de cheveux à Zaida Catalan et prononcer une formule rituelle de protection. Audience après audience, l'auditeur a évoqué des aveux qu'un officier de police judiciaire aurait obtenus de lui. Evariste Ilunga a affirmé publiquement avoir été torturé. Ses avocats ont tout remis en cause, y compris l'authenticité de la vidéo elle-même.

Deuxième accusé, Daniel Mbayi Kabasele. Lui aussi dément toute participation, parle d'aveux obtenus sous la contrainte. Il a été arrêté fin mars et s'est retrouvé détenu à Bunkonde avec un certain Marcel Tshiebue Bibomba qui aurait, lui, participé au meurtre et lui aurait raconté. Mais ce dernier s'est évadé la veille du transfert supervisé par la Monusco. Quatre policiers sont jugés pour avoir facilité l'évasion.

Les deux derniers prévenus sont Tshibangu Kalonda Amoxi, accusé d'être un chef de milice, ce qu'il dément, et Jean Tshibuabua Tshibuabua. L'auditeur militaire dit qu'il était sur les lieux du crime, sans que personne ne l'ait réellement accusé.