[Reportage] Gambie: les billets de banque à l’effigie de Yahya Jammeh divisent

Le marché de Serrekunda à Banjul, Gambie (photo d'archives).
© RFI/Guillaume Thibault

L'ancien dictateur gambien Yahya Jammeh a beau être parti en exil en Guinée Equatoriale, les habitants ont encore son image sous les yeux tous les jours. Avant de quitter le pays, il a laissé en souvenir des billets de banque tout neufs et tous à son effigie. Reportage au marché de Serrekunda, où les pros et les anti-Jammeh ont des avis bien tranchés à propos de ce visage sur lequel ils tombent nez à nez à chaque paiement en dalasis.

Entre les stands, les billets passent de main en main. Sur le recto, on aperçoit un homme, grand sourire, coiffé d’un bonnet blanc. Et en légende : « Docteur Alhagie Yahya A. J. J. Jammeh ». Pour Khadidjatou, entourée de ses fruits et légumes, c’est un réconfort qu’il soit toujours là, en dessin :  « J’aime toujours beaucoup Yahya Jammeh, dit-elle, et donc personnellement, j’aime toujours énormément cet argent ! »

Ces nouveaux billets ont été créés il y a 2 ans. Mais Buba leur préfère de loin les anciens, toujours en circulation. « Quand je prends le taxi, raconte-t-il, si le conducteur a les deux sortes de billets pour rendre la monnaie, je choisis les anciens, et je refuse ceux avec Jammeh. Chaque jour, quand je vois la tête de Yahya Jammeh, ça me met en colère, car il a fait de mauvaises choses ici, il a tué des gens. »

Pas facile d’échapper à cette image, dans une société où l’argent liquide est omniprésent. Alors la banque centrale et son gouverneur Bakary Jammeh, envisagent d’imprimer de nouveaux billets. « Le portrait sera retiré, explique cet homme de la banque centrale, et sera remplacé par un symbole qui représente notre culture. Mais ça coûte cher, on doit en discuter avec les autorités. »

Le gouvernement confirme vouloir changer les billets, mais a pour l’instant d’autres priorités. En tout cas pour Amet, assis à l’entrée de son magasin, peu importe ce qui se trouve sur son argent : « Moi si je peux avoir un million de ces bouts de papier, j’en serais très heureux ! Si je peux avoir 20 millions Yahya Jammeh, j’adorerais ! »

Avec la disparition de ses portraits et des affiches géantes dans les rues, les billets sont l’un des derniers supports où l’homme au boubou blanc affiche son sourire.