Kenya: les observateurs internationaux satisfaits du déroulement des élections

Photomontage du candidat et président sortant Uhuru Kenyatta (g) et de son prinicpal opposant, le candidat Raila Odinga.
© TONY KARUMBA, SIMON MAINA / AFP

Au Kenya la commission électorale devrait donner le vainqueur de la présidentielle ce vendredi 11 août à la mi-journée. L’IEBC est toujours en train de comparer ses résultats électroniques, accessibles à tous sur Internet, aux procès-verbaux papier acheminés à Nairobi. Selon toute vraisemblance, le président sortant Uhuru Kenyatta devrait l’emporter dès le premier tour avec une dizaine de points d’avance sur Raila Odinga. Le camp de l’opposant a rejeté les chiffres de la commission électorale. Quant aux observateurs électoraux internationaux, ils estiment que l'élection s'est déroulée sans « fraudes massives ».

Même si l'opposant Raila Odinga a dénoncé des fraudes « massives », l'Union européenne a déclaré jeudi n'avoir détecté aucun signe de « manipulation locale ou nationale » lors des élections du mardi 8 août 2017. Marietje Schaake, la présidente de la mission européenne, a expliqué que « l'UE a vu les forces de sécurité déployées correctement et les agents électoraux bien présents et capables de travailler librement. Le vote et le dépouillement ont été bien réalisés et transparents ». Elle a précisé que le processus de comptabilisation des bulletins ferait l’objet d’un rapport ultérieur. Elle « espère que peu importe le futur, peu importe les constatations détaillées qui seront faites, les Kényans profiteront des bienfaits d'un processus démocratique et qu'ils continueront à le faire évoluer ».

Elle a également appelé les leaders politiques à prendre leurs responsabilités :

« Une élection ne devrait jamais être une question de vie ou de mort. Nous lançons un appel à tous les candidats pour suivre la procédure légale, a-t-elle préconisé. S'il y a des contestations, adressez-les à la commission électorale ou faites un recours devant la justice. Nous demandons à chacun de prendre ses responsabilités et de faire preuve de leadership. Les principaux candidats sont très écoutés par leurs supporters. Et nous leur demandons d'utiliser cela pour préconiser le calme, la retenue. Je crois que ma seule réponse à la violence c'est de la condamner.

Je suis moi-même une politicienne, a-t-elle rappelé. J'ai perdu des élections. Est-ce que c'était le meilleur moment de ma carrière ? Absolument pas. Mais c'est le risque à prendre lorsque vous êtes candidat. Donc il est important d'accepter la défaite avec élégance, de parler à ses partisans, et au lieu d'exciter les gens, de penser à l'avenir. Il reste des cicatrices du passé, mais il y a eu beaucoup d'efforts pour prévenir les conflits, et je crois qu'ils n'ont pas été faits pour rien. Donc je pense que tout le monde sait que chacun a un rôle à jouer, surtout les leaders, qui sont tellement écoutés. »

De son côté, l'ancien secrétaire d'Etat américain, John Kerry, qui présidait la mission d'observation du Centre Carter, a estimé que le système de comptabilisation était fiable. Il a déclaré que le Kenya avait même fait « une remarquable démonstration de sa démocratie ».

Nous appelons tous les candidats, les vainqueurs comme les vaincus, à travailler dans le cadre de l’état de droit et le cadre juridique prévu pour contester une quelconque irrégularité, s’ils ont la preuve que cette irrégularité a pu avoir une incidence concrète sur l’issue du scrutin.
John Kerry
11-08-2017 - Par Daniel Finnan

La mission d’observation du Commonwealth, quant à elle, a dit prendre au sérieux les accusations de Raila Odinga. L’ex-président du Ghana, John Dramani Mahama, qui est à la tête de cette mission, appelle l’opposition à s’en tenir aux « voies légales prescrites » si elle souhaite contester quoi que ce soit.

Imaginons, sans toutefois l’affirmer, qu’il y ait eu piratage. Des systèmes de secours parallèle pourront, malgré tout, garantir l’intégrité du scrutin. Les parties intéressées doivent donc faire preuve de patience. A l’issue de ce processus, quand la commission électorale aura déterminé qui est le vainqueur, quiconque a une réclamation sait très bien ce qui lui reste à faire. Le sang d’aucun Kényan ne doit être versé parce que quelqu’un s’estime lésé.
John Dramani Mahama
11-08-2017 - Par Daniel Finnan

L’Union africaine, par ailleurs, s’étonne que quasiment 3% des votes exprimés aient été invalidés. Thabo Mbeki, l'ancien président sud-africain qui dirige la mission de l'UA, estime que les électeurs kényans devraient être mieux informés sur la manière de remplir un bulletin.

« Les chiffres de la commission ont de sérieuses anomalies »

Pour l’opposition, les chiffres mis en ligne par la commission électorale sont faux. Jeudi, la NASA a brandi des tableaux présentés comme des résultats provenant du serveur informatique de la commission électorale et transmis par des sources anonymes de l’IEBC. Ces scores donneraient Raïla Odinga vainqueur avec plus de 8 millions de voix.

Des résultats authentiques, selon Musalia Mudavadi, numéro trois de la coalition. « Ce sont les véritables résultats de la présidentielle. Ils sont contenus dans la base de données de l’IEBC. Ils sont incontestables et légitimes. Mais après l’assassinat il y a dix jours, de Chris Musando, le responsable du système informatique de la commission, nous devons faire très attention, et nous ne dévoilerons pas l’identité de nos sources », a-t-il expliqué.

La NASA a remis une lettre à la commission électorale lui demandant de stopper le décompte sur Internet et de proclamer Raila Odinga vainqueur de l’élection.

Musalia Mudavadi a minimisé le travail des observateurs. « C’est facile de faire le tour de bureaux de vote, de regarder les électeurs, de se promener d’un site à l’autre et de dire que tout va bien. Mais le problème n’est pas forcément à ce niveau, affirme-t-il. Aucun observateur n’était allé dans un centre de décompte. Ceci dit, les Kényans devraient rester calmes. Nous ne souhaitons pas le chaos. Mais les chiffres de la commission ont de sérieuses anomalies et nous espérons qu’elle fera ce qui est juste. »

Raila Odinga était présent, silencieux. Il est resté derrière, dans sa veste jaune, le visage totalement fermé. Il s’exprimera après les résultats, explique sa coalition.

A Kisumu, l'opposition croit à sa victoire

Je crois sincèrement que Raila a gagné et que c'est le gouvernement qui essaie de créer le chaos.
Ecoutez notre reportage à Kisumu
11-08-2017 - Par Laure Broulard

L'absence de soutien international à l'égard des accusations de fraudes brandies par l'opposition n'empêche pas les partisans de cette dernière de sortir dans la rue pour célébrer ce qu’ils considèrent comme une victoire. C'est le cas à Kisumu, bastion de Raila Odinga. Ils étaient plus d’un millier jeudi soir, majoritairement des jeunes, à défiler dans les rues de Kisumu aux alentours de Kondele.

Kondele, c’est le bidonville où avaient éclaté des échauffourées la veille, après que Raila Odinga avait dénoncé des fraudes massives dans le décompte des résultats provisoires. Mercredi 9 août, les manifestants ont jeté des pierres, mais le lendemain, ils brandissent des branches d’arbres en signe de victoire et de fête.

Au rythme du slogan « Uhuru must go home », Uhuru doit partir, l’ambiance est vraiment électrique dans ce quartier qui croit à la victoire de Raila Ondinga annoncée par la coalition de l’opposition. Les habitants ressentent également de la colère contre le gouvernement qui, disent-ils, « tente de leur voler la victoire encore une fois ».

Même quand la pluie se met à tomber, la foule continue à défiler autour du principal rond point à l’entrée de Kondele, sous le regard des policiers, qui ne sont pas intervenus de la journée. Alors qu'au moins un hélicoptère survole la ville, le reste de Kisumu est calme. Mais les magasins, qui avaient rouvert leur porte en début d’après-midi, ont une nouvelle fois tiré leurs rideaux de fer.

Du pain plutôt que la violence

D'autres sont dans l'incompréhension et espèrent une issue paisible dans la ville. Célestine Kogada, 33 ans, aide sa communauté sur les questions de santé. Célestine marche entre les petites maisons aux murs de terres du quartier de Nyalenda, également acquis à l'opposition. « Voici ma maison... » Il y a trois jours, Célestine est allée voter. Tout s'est bien passé, les habitants s'étaient déplacés en nombre.

Aujourd'hui, elle est confuse : « J'ai entendu Raila dire qu'il y avait un problème avec la transmission des résultats. Je l'ai regardé, quand il a parlé du piratage. Je ne sais pas, je ne sais pas qui croire, parce que je ne comprends pas ce qui s'est passé. Vous savez, très peu de gens dans cette communauté comprennent l'informatique. Très peu. Donc c'est difficile à dire pour des gens comme nous. » Pourtant, l'espoir était grand dans ce bastion de l'opposition, et certains prévoyaient une victoire certaine.

« Nos attentes étaient grandes cette année. Cette fois-ci, ça allait être Raila. Je pense que c'est pour cela que certaines personnes sont sorties manifester. Mais moi, ce que je préfère, c'est la paix. Je préfère même manquer de nourriture, plutôt que d'avoir de la violence. »

Alors Célestine prêche l'apaisement dans sa communauté. Léa Ochieng, une voisine, l'accompagne. Elle est en colère contre les politiciens kényans : « Nous voulons qu'ils prennent les bonnes décisions. Ce sont eux qui causent les problèmes. Ils devraient garantir la paix car nos leaders, ils ne seront pas ici quand nous, nous allons souffrir. C'est pour ça que nous sommes si inquiètes. »

Pour ces mères de Nyalenda, peu importe le président, tant qu'elles peuvent nourrir et voir grandir leurs enfants.