Elections au Kenya: l’interminable et fébrile attente des résultats

Le centre national de décompte pour les élections kényannes, à Nairobi, ce vendredi 11 août.
© Photo : RFI / Sébastien Nemeth

Le Kenya attend toujours les résultats des élections de ce mardi 8 août. Cela fait plusieurs jours que le décompte des bulletins de vote est en cours, mais la Commission électorale devrait publier les résultats définitifs dans les prochaines heures. Les chiffres provisoires donnent le président sortant Uhuru Kenyatta en tête, devant son rival Raila Odinga qui dénonce des fraudes.

Article réactualisé régulièrement avec nos envoyés spéciaux à Nairobi, Sébastian Nemeth et Laure Broulard

Au centre national de décompte, à Bomas, on attend toujours l'annonce des résultats. C’est ici que tout est centralisé. A l’origine, il s’agit d’un centre culturel. C’est d’ailleurs ici même qu’a été rédigée la Constitution kényane de 2005, texte très controversé dans l’histoire kényane.

La salle est entourée de gradins. D’un côté, les délégations diplomatiques et les officiels kényans ; de l’autre, des dizaines et des dizaines de journalistes ; et au centre, les agents de la Commission électorale et des représentants des partis politiques qui passent en revue les procès-verbaux papier et les comparent avec les résultats mis en ligne.

Appel au calme de la Commission électorale

A l’extérieur, il y a encore plus de journalistes et beaucoup de forces de sécurité. La zone est quadrillée. Il faut passer deux fois au scanner pour accéder, et uniquement avec un badge spécial. On voit beaucoup de militaires armés, certains même à cheval. Mais l’ambiance est cependant globalement détendue. A 13h T.U., quelques heures avant l’annonce attendue des résultats officiels, on ne sentait pas de tensions.

Un peu plus tôt dans la journée la Commission électorale kenyane a appelé les Kenyans à être patients. « Collecter tous ces résultats peut prendre du temps » a dit Wafula Chebukati, le président de la Commission a annoncé que l’organisation allait se réunir avec tous les partis. Une source diplomatique précise que le président Uhuru Kenyatta, les ministres et Raila Odinga étaient arrivés au centre de décompte national où seront annoncés les résultats.

Des partisans de Odinga menaçants

Pour autant la coalition de Raila Odinga continue de contester. Une quinzaine d’élus de l’opposition ont fait une allocution ce vendredi matin. L’un d’entre eux, John Mbadi a réaffirmé que les chiffres de l’IEBC étaient faux, que Raila Odinga était le vainqueur. Il a appelé les Kényans à rester « calmes mais vigilants » pour que justice soit faite.

Mais juste après lui, un autre député, Paul Ongili, a pris la parole de force alors que ce n’était pas prévu. Il a déclaré qu’il y avait « un coût pour accomplir son destin », que le Kenya valait la peine que « l’on meurt pour lui » et qu’il ferait tout ce qui est nécessaire pour que Odinga l’emporte. Un discours enflammé qui n’a pas surpris les journalistes kényans : Paul Ongili est apparemment connu pour ses propos souvent virulents.

Je crois sincèrement que Raila a gagné et que c'est le gouvernement qui essaie de créer le chaos.
Ecoutez notre reportage à Kisumu
11-08-2017 - Par Laure Broulard

La communauté internationale « déçue » par Raila Odinga

Un discours qui va à rebours de celui de la communauté internationale. Ce vendredi matin, l’ambassadeur américain au Kenya a déclaré que personne « ne devait court-circuiter le processus, que la violence n’était pas une option ». Robert Godec a ajouté qu’« aucun Kenyan ne devait mourir pour une élection », appelant les leaders à respecter la Constitution.

« Il n'y a toujours eu qu'une seule façon de mener ces élections. En respectant la Constitution et à travers les institutions », a ajouté le diplomate. « Le futur du pays est plus important que l'élection. Les leaders doivent maintenant démontrer leur attachement à la constitution et ses valeurs. La démocratie kenyane a été chèrement acquise et doit être protégée. »

Une source diplomatique a confié à l’envoyé spécial de RFI à Nairobi que la communauté internationale était « très déçue » par le comportement de l’opposition, que sa conférence de presse de la veille avait été très mal perçue et que la position de Raila Odinga n’était pas du tout claire. Les diplomates agissent beaucoup en coulisse, en ce moment, comme médiateur pour éviter que la situation ne dégénère.