Kenya: la commission électorale proclame la réélection d'Uhuru Kenyatta

Le président sortant Uhuru Kenyatta et son vice-président William Ruto avec le certificat attestant de leur victoire après l'annonce des résultats par la commission électorale à Nairobi, le 11 août 2017.
© REUTERS/Thomas Mukoya

Après une longue journée d'attente, la commission électorale kényane a proclamé vendredi 11 août le président sortant vainqueur de l'élection de mardi. Uhuru Kenyatta a obtenu 54,27% des voix contre 44,74% à son principal opposant Raila Odinga.

Uhuru Kenyatta a été réélu à la tête du Kenya pour un mandat de cinq ans. « Je souhaite déclarer Uhuru Kenyatta (...) président élu », a annoncé vendredi soir le président de la commission électorale, Wafula Chebukati, alors que l'on attendait les résultats à la mi-journée.

Les résultats officiels du second tour donnent 54,27% des suffrages au président sortant, contre 44,74% à son rival Raila Odinga. Les deux candidats ont été applaudis par la salle lors de la cérémonie d'annonce des résultats.

Je me sens bien et très heureux ! Cinq années supplémentaires ! Un nouveau mandat ! Le chef de l'opposition peut aller à la pêche maintenant.
Ecoutez la joie des partisans d'Uhuru Kenyatta
12-08-2017 - Par Sébastien Nemeth

« Je vous tends la main »

Uhuru Kenyatta s'est empressé de tendre la main à l'opposition lors d'une adresse à la nation, juste après l'annonce de sa victoire.

« A nos frères qui ont été de valeureux compétiteurs, nous ne sommes pas des ennemis, nous sommes tous citoyens d'une même République. Dans une compétition, il y a toujours un vainqueur et il y a toujours un vaincu, mais nous appartenons tous à une grande nation qui s'appelle le Kenya. Et je vous tends une main d'amitié, une main de coopération, une main de partenariat, a-t-il déclaré.

Ecoutez le reportage à la cérémonie
12-08-2017 - Par Sébastien Nemeth

Ce pays a besoin de nous tous, ensemble, pour arriver au succès et le Kenya a besoin de notre réussite, a poursuivi le président élu. Les Kényans veulent notre succès. Et je veux dire à mes compétiteurs, spécialement à l'honorable Raila Odinga, je vous tends la main, à vous, à vos soutiens. Nous travaillerons ensemble, nous coopérerons, nous grandirons ensemble, nous développerons ce pays ensemble. Et nous ici, sommes prêts à engager un dialogue, à discuter avec vous pour pouvoir construire ensemble notre nation. »

Son collistier William Ruto était aussi présent. Les deux hommes se sont pris dans les bras. Un symbole pour deux hommes représentant les deux principales ethnies qui s'étaient affrontées en 2007.

Uhuru Kenyatta a également appelé au calme :

A mes camarades Kényans, comme nous l'avons toujours dit, les élections vont et viennent, mais le Kenya est là pour toujours. Et comme j'ai dit aussi, au cours de plusieurs meetings, il faut toujours nous rappeler que nous sommes frères et sœurs. Votre voisin reste votre voisin, soyons pacifiques, tendons-nous la main les uns aux autres, partageons. La violence n'est pas nécessaire. Nous autres politiciens ne faisons que passer, mais votre voisin reste votre voisin, sans tenir compte de son ethnie, de sa religion ou de sa couleur. Mon appel à tous les Kényans : quel que soit l'endroit où vous êtes, que vous nous regardiez à la télévision ou nous écoutiez à la radio, s'il vous plaît, tendez la main à votre voisin, serrez-lui la main, dites lui que cette élection est terminée, quel que soit celui pour qui vous avez voté, vous êtes toujours mon voisin, mon frère, ma sœur et allons de l'avant, ensemble.
Uhuru Kenyatta
12-08-2017 - Par Esdras Ndikumana

Depuis l'élection, mardi, la coalition de Raila Odinga dénonce des fraudes massives. Peu avant la cérémonie, la NASA avait encore une fois dénoncé une « mascarade électorale » et affirmé qu’elle ne prendrait pas part à l’annonce officielle des résultats.

Pourtant, jeudi, les missions d'observation internationales s'étaient dit globalement satisfaites par le déroulement des élections.

Pour l'heure, Raila Odinga n'a pas pris la parole.

Scènes de violence

Dès l'annonce dès résultats, des violences ont éclaté, mais elles semblaient localisées à l'intérieur des bidonvilles pro-opposition comme Kibera, à Nairobi. Notre correspondant à Nairobi s'est rendu sur place. L'entrée était déserte, avec même quelques partisans de Kenyatta célébrant la victoire, rapporte-t-il. Un habitant évoque lui, plus loin à l'intérieur, des pneus brûlés, des barrages et des tirs. Selon notre correspondant toujours, on pouvait entendre des cris, un hélicoptère tournait au-dessus du quartier et des véhicules anti-émeutes convergeaient vers le bidonville, mais difficile de se rendre compte de l'ampleur des échauffourées.

Dans la ville Kisumu, à l'ouest du pays, l'un des bastions de Raila Odinga, des échauffourées ont éclaté. Très vite après l'annonce des résultats, rapporte cette fois notre correspondante sur place, on a commencé à entendre des cris de colère et des bruits de ferraille s'élever du bidonville de Kondele, là où des échauffourées avaient déjà éclaté mercredi lors de l'annonce des premiers résultats qui donnait Kenyatta gagnant. Vendredi soir, on pouvait apercevoir des flammes à certains endroits du bidonville. Les GSU, l'unité d'élite de la police kényane, déployée sur place depuis deux jours, est rapidement intervenue à coup de gaz lacrymogène. Il y a eu également des coups de feu.

Les médias locaux raconte que des violences ont également éclaté dans d'autres zones de l'ouest du pays, à Siaya et à Migori.

Il y a dix ans, le pays avait connu les pires violences post-électorales de l'histoire, avaient fait plus de 1 000 morts.

Après deux processus électoraux ratés en 2007 et 2013, les défis étaient immenses pour la commission électorale, mise en place très tardivement en début d'année.

« Je suis épuisé, confie Ezra Chiloba, le président-directeur général de la commission. Nous avons parcouru un long chemin. Nous voulions organiser une élection comme on n'en a jamais vu. Et montrer aux Kényans qu'il est possible de mettre en place un système électoral moderne et efficace. Pour moi, cette vision s'est réalisée. Ça me donne un sentiment de fierté. Les Kényans vont pouvoir regarder ce processus et se dire qu'ils sont capables de bien organiser des élections. Pour notre pays, c'est aussi un moment pour regarder vers le futur.

Mon équipe a eu une grande capacité de résistance, a-t-il salué. Si on regarde ce qui est arrivé à notre organisation depuis 2013, nous avons eu des hauts et des bas, mais mon équipe est toujours restée debout. Ce sont ces gens qui ont mené ces élections, ce sont eux qui étaient au contact des électeurs. Plus de 370 000 agents ont été formés, préparés à servir notre nation. Et je veux vraiment les remercier. Notre pays leur sera toujours reconnaissant pour le service qu'ils ont rendu. »

Réactions

Le président rwandais Paul Kagame et son homologue ougandais ont rapidement félicité le vainqueur sur Twitter.

Le président somalien Mohamed Abdullahi Farmajo a également adressé ses félicitations au président kényan. « Le président Kenyatta et moi partageons une vision commune de la paix, la stabilité et la croissance économique pour nos deux pays et la région. »

Le parti de Kenyatta raflerait la majorité des postes de gouverneurs

Le 8 août, les Kényans n'ont pas seulement voté pour élire leur président. Depuis la décentralisation actée dans la Constitution de 2010, ils choisissent également leurs parlementaires, membres des assemblées locales, et surtout, leurs gouverneurs. Un pour chacun des 47 comtés. Un poste important étant donné que ces comtés reçoivent maintenant au moins 15% des revenus de l'Etat. Les postes de gouverneurs sont également devenus des tremplins pour la présidentielle. Et selon les premiers résultats, le Jubilee, le parti du président sortant, rafle la majorité des sièges. 

25 comtés sur 47 auront des gouverneurs affiliés au parti Jubilee. Une situation inversée par rapport à 2013, où l'opposition avait une petite majorité. Le parti du président Uhuru Kenyatta est en tête dans ses bastions du centre et remporte les comtés du nord-est, considérés comme des « swing states ».

Mais surtout, la capitale Nairobi, passe du côté du parti gouvernemental avec la victoire d'une figure controversée, Mike Sonko. Un personnage bling-bling, qui se présente comme le porte-voix des quartiers pauvres de la capitale. Mike Sonko appartient à une tribu minoritaire au Kenya, les Kambas. Il n'a donc pas été élu sur la base de son appartenance ethnique. « C'est le signe d'une réelle évolution de la politique kényane », confie un analyste.

Autre nouveauté, le Kenya a maintenant trois femmes gouverneures, une première. L'opposition garde les comtés de l'ouest, son fief, et la côte kényane. Un score faible dû aux dissensions au sein de la coalition de l'opposition. Ses candidats ont fait face à de nombreux indépendants.

De son côté, le Jubilee semble également s'assurer une majorité confortable au Parlement. « Jamais un parti n'aura autant dominé la politique kényane », s'inquiète Murithi Mutiga, chercheur à l'International crisis group. L'opposition devra donc se montrer unie pour faire entendre sa voie au sein des institutions gouvernementales...