RDC: il y a un an, la mort du chef Kamuina Nsapu au Kasaï

Fosses communes au Kasaï: les habitants du territoire de Dibaya disent découvrir après chaque affrontement des fosses communes. RFI et Reuters en ont documenté au moins huit dans un rayon de cinq kilomètres autour de Tshimbulu.
© RFI/Sonia Rolley

Un an après la mort du chef Kamuina Nsapu, des violences secouent toujours le Grand-Kasaï. Jean-Prince Mpandi s’était révolté contre l’autorité de l’Etat qui refusait de reconnaître son pouvoir coutumier. L'insurrection touche directement cinq provinces, un territoire grand comme la Norvège. Plus de 1 million 500 000 personnes sont déplacées, déjà 80 fosses communes ont été découvertes et moins de 400 casques bleus y sont déployés. Comment en est-on arrivé là ?

La mort de Kamuina Nsapu, il y a un an, était passé inaperçue. Le Kasaï était alors considéré comme un havre de paix. La Monusco avait quitté cet espace depuis deux ans déjà.

Rappelons que le sixième Kamuina Nsapu, qui demandait sa reconnaissance par l’Etat et accusait le régime de vouloir asservir le pouvoir coutumier, a été tué dans l’assaut de sa maison, il y a un an jour pour jour. Son corps disparait, mais son message se diffuse à travers les tshiota, devenus des centres d’enrôlement des nouveaux adeptes. Entre 40 et 60% sont des mineurs.

L'armée montrée du doigt

L’armée est déployée pour faire face à l’insurrection. Elle est accusée depuis par l’ONU d’un usage excessif de la force. Ce sont les Luluwa, l’ethnie auquel appartenait le chef Kamuina Nsapu qui se révoltent, attaquant tous les symboles de l’Etat.

Contamination, répression jusqu’à toucher cinq provinces... En un an, la crise s’est ancrée avec plus d’un million et demi de déplacés, 35000 réfugiés, des centaines d’écoles, de bâtiments publics, d’églises pillées ou brûlées, des dizaines de villages détruits. Et ces 80 fosses communes qui pourraient n’être qu’un début. Si la violence est sans doute moins généralisée, les crimes sont devenus plus sordides.

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Les experts de l'ONU Zaida Catalan (photo de 2009) et Michael Sharp ont été assassinés dans le Kasaï, en mars 2017. © BERTIL ERICSON, TIMO MUELLER / TT News Agency / AFP

Quand les violences ont éclaté, tous les rapports, les messages de l'ONU sont restés confidentiels. Les journalistes étaient absents. Les casques bleus ont commencé à s'y déployer en décembre 2016 presque en catimini et deux experts de l'ONU, mandatés par le Conseil de sécurité, sont exécutés alors qu'ils enquêtaient sur l'origine de ces violences. Un crime jamais commis au Congo.

Un an après, ce n'est plus seulement le pape François ou le Haut-commissariat des Nations unies aux droits de l'homme qui s'inquiètent de la répression. L'Union européenne a pris des sanctions contre neuf personnalités dont une majorité considéré comme responsable de la crise en cours dans le Grand Kasaï.

Depuis avril 2017, un nouveau chef Kamuina Nsapu a pourtant été reconnu par les autorités, c'est ce que réclamait son prédécesseur, le défunt Jean-Prince Mpandi. L'ONU dénonce la création d'une milice pro-gouvernementale aux comportements proches de l'épuration ethnique, ce que Kinshasa dément. Des informations se multiplient faisant état de l'exploitation illégale des ressources à la faveur du conflit.

Une donnée invariable depuis un an, les enfants restent les premières victimes.

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