Terrorisme: Boko Haram utilise une majorité de femmes pour les attentats-suicide

Une carcasse de voiture à Maiduguri (Etat de Borno) après une attaque suicide attribuée à Boko Haram, le 31 juillet 2015.
© AFP PHOTO/STRINGER

Des chercheurs ont analysé l'ensemble des attaques-suicides menées par Boko Haram d’avril 2011 à juin 2017. Dans un rapport publié le 9 août 2017, ils montrent que, pour la première fois de l'histoire, un groupe terroriste utilise majoritairement des femmes dans ce type d'attaques. Ils affirment aussi que, contrairement à certaines idées reçues, le groupe vise plus majoritairement des cibles musulmanes.

434. C’est le nombre d’attentats suicides commis par Boko Haram entre avril 2011 et juin 2017. Autant d’attaques étudiées par les chercheurs du Combating Terrorism Center (Centre de lutte contre le terrorisme) de l'académie militaire de West Point aux Etats-Unis. Le plus frappant dans le rapport que ces chercheurs ont publié, c’est que parmi les 338 kamikazes dont le genre a pu être identifié, au moins 244 sont des femmes.

Jason Warner, enseignant du département antiterroriste de West Point et co-auteur du rapport souligne qu’il s’agit là du « point le plus intéressant » de l’étude. Boko Haram est en effet « le premier groupe terroriste de l'histoire à utiliser une majorité de femme pour mener ses attentats-suicides ». Alors que son étude établit « qu'au moins 56% des kamikazes de Boko Haram sont des femmes », le chercheur pense même « que ce chiffre est sans doute sous-évalué », puisqu’ils n’ont pas pu identifier certains corps.

Une arme puissante pour choquer

Boko Haram a adopté cette stratégie « d'utiliser des femmes pour ses attentats-suicides moins de deux mois après l'enlèvement des filles de Chibok, les 14 et 15 avril 2014 ». Dès le 8 juin de la même année, « Boko Haram a envoyé pour la première fois une femme commettre un attentat-suicide ». Depuis cette date, « l'emploi de femmes dans ce type d'attaque est monté en flèche. Ils sont passés de zéro femme kamikaze à une majorité de femmes utilisée pour les attentats-suicide ».

Jason Warner est convaincu que le groupe terroriste « a commencé à avoir recours aux femmes parce qu'ils se sont rendus compte à quel point utiliser les femmes, et en particulier de jeunes filles, que ce soit comme victime ou auteur de crimes, est une arme puissante pour choquer et répandre la terreur, d'autant qu'impliquer les femmes dans un conflit est généralement considéré comme un interdit ».

Les camps de déplacés, une cible nouvelle

Le rapport du Combating Terrorism Center s’intéresse également à la répartition des cibles de Boko Haram. Les chercheurs démontrent que les institutions gouvernementales sont la cible privilégiée des kamikazes du groupe. D’après Jason Warner, « cela correspond à leur positionnement contre le gouvernement, contre l'éducation et dans une moindre mesure, à leur idéologie pro-islam ». Des cibles principales qui, donc, « correspondent à la vocation affichée du groupe ». Sont ensuite visés « les espaces publics, surtout les marchés et les arrêts de bus ». Mais ce qui marque les spécialistes de West Point, c’est la « nouvelle cible » de Boko Haram, « les camps de déplacés ».

Jason Warner remarque enfin que « Boko Haram vise trois fois plus de cibles musulmanes que chrétiennes ». A ses yeux, « cela souligne la différence entre la manière dont Boko Haram se présente ou est perçu, c'est-à-dire comme le champion de la protection de la communauté musulmane, le défenseur de ses intérêts - et les faits, qui montrent que les victimes, ou du moins les endroits ciblés, sont effectivement plus souvent musulmans que chrétiens ».

► Pour aller plus loin : lire le rapport du Combating Terrorism Center.

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