Attaque de Ouagadougou: un mode opératoire tristement familier au Sahel

Des passants prennent en charge des blessés, après l'attaque du restaurant Aziz-Istanbul dans la nuit de dimanche à lundi.
© REUTERS/Reuters TV

L’attaque qui a touché la capitale du Burkina Faso dans la nuit de dimanche à lundi n’a pas été revendiquée. Le mode opératoire ressemble cependant beaucoup à celui de l’assaut lancé par des terroristes sur le café Capuccino, en janvier 2016. Retour sur les attentats jihadistes ayant visé des étrangers dans le Sahel.

Une nuit de cauchemar comme celle-ci, Ougadougou en a déjà vécue en janvier 2016. Des terroristes avaient alors pris d'assaut le café Capuccino, puis un autre bar et enfin un hôtel. Trente personnes avaient été tuées dans cette attaque revendiquée quelques jours plus tard par al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi).

En mars, les enquêteurs burkinabè ont affirmé avoir identifié le commanditaire de cette attaque : il s’agirait d’Ould Nouiny, alias El Hassan, émir du groupe al-Mourabitoune de l’Algérien Mokhtar Belmokhtar, un allié d’Aqmi.

Aqmi, al-Mourabitoune et les anciens d'Ansar Dine

Selon les enquêteurs, deux des organisateurs présumés de ces attentats de janvier - aujourd'hui en détention - sont aussi impliqués dans l'attaque de la cité balnéaire ivoirienne de Grand Bassam, le 13 mars 2016, au cours de laquelle 19 personnes avaient été tuées.

Le Mali voisin a, lui aussi, connu une série d'attentats qui peuvent rappeler le scénario de l’attaque de cette nuit sur le café Aziz-Istanbul de Ouagadougou. La dernière en date, le dimanche 18 juin dernier, a touché le campement de Kangaba, à la sortie de Bamako. Cinq personnes avaient alors été tuées.

Les témoins ont raconté que les assaillants cherchaient en priorité à viser « des Blancs ». Cette attaque a par la suite été revendiquée par le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans, l’alliance terroriste dirigée par Iyad ag Ghali, l’ancien leader d’Ansar Dine.

La première des attaques de ce genre, à Bamako, remonte au 7 mars 2015. C’est alors le bar-restaurant La Terrasse qui est visé par cet attentat, le premier du genre depuis le début de l'intervention militaire française dans le pays. Cinq personnes sont tuées dans cette attaque revendiquée par le groupe al-Morabitoune.

C’est aussi ce groupe qui revendiquera – conjointement avec Aqmi cette fois - l’attaque du 20 novembre 2015 contre l’hôtel Raddison Blu de Bamako. Vingt personnes avaient été tuées lors de cette attaque.


« Ce n’est pas si surprenant »

Après l'attaque du restaurant Capuccino, en janvier 2016, faut-il être surpris par cette nouvelle attaque au cœur de la capitale burkinabè ? Ce n'est pas le cas de Cynthia Ohayon, analyste sur le Burkina chez International Crisis Group, jointe par RFI.

« D’un côté, c’est une menace qui existe pour le Burkina depuis maintenant depuis plusieurs années et qui existe d’ailleurs aussi dans la région. Je rappelle l’attaque du campement Kangaba, à Bamako, assez récemment, qui nous a rappelé que la menace était toujours là. Dans le cas du Burkina, on avait une relative accalmie. Le seul et dernier attentat qui a frappé la capitale, c’était il y a un peu plus d’un an et demi. Effectivement cette dernière attaque vient rappeler que la menace est toujours là et c’est quelque chose qui n’est pas si surprenant que ça », a-t-elle rappelé.

Sur le dispositif sécuritaire qui avait été renforcé après l’attaque, similaire, contre le Capuccino, à Ouagadougou, Cynthia Ohayon, pense que le dispositif a été globalement maintenu et que les autorités sont conscientes que la menace est toujours là. En même temps, la vigilance a peut-être diminué en raison de l'accalmie mais, souligne-t-elle, il est très difficile de déjouer ce genre d’attaques.

« Je connaissais bien le café qui a été frappé [Aziz-Istambul] et je me souviens très bien qu’il y avait un homme armé devant, en permanence, mais voilà. Cela montre bien que renforcer le dispositif sécuritaire n’empêche pas les menaces et que les groupes trouvent, en fait, toujours les moyens de contourner ces dispositifs sécuritaires », a soutenu Cynthia Ohayon, analyste sur le Burkina chez International Crisis Group.

Republier ce contenu

Vous êtes libres de republier gratuitement cet article sur votre site internet. Nous vous demandons de suivre ces Règles de base

Le Partenaire s'engage à ne pas porter atteinte au droit moral des journalistes. A ce titre, le Contenu devra être reproduit et représenté par le Partenaire tel qu'il a été mis à disposition par RFI, sans modifications, coupures, ajouts, incrustations, altérations, réductions ou insertions

Ajoutez cet article à votre site Web en copiant le code ci-dessous.