Kenya: en coulisse, la diplomatie tente de raisonner l'opposition

Les supporters de Raila Odinga brandissent un portrait de leur leader, lors d'un rassemblement dans le bidonville de Mathare à Nairobi, le 13 août 2017.
© REUTERS/Siegfried Modola

Raila Odinga campe sur ses positions. L'opposant défait à la présidentielle continue de contester le processus électoral. Il affirme que des pirates informatiques ont modifié les résultats de la commission électorale et accuse le pouvoir d'avoir formé une unité d'élite pour abattre les manifestants et faire disparaître leurs corps. Dimanche, il a appelé ses partisans à se mettre en grève ce lundi. Il a également dit que le gouvernement paierait pour les morts. Raila Odinga maintient la pression et ne baisse pas les bras. En attendant, en coulisse, la diplomatie s'active.

Toutes les chancelleries sont sur la même ligne : il faut appeler à la responsabilité et calmer le jeu. Des contacts sont en cours entre diplomates et opposition, notamment l'ex-ministre James Orengo et le numéro trois de la coalition, Musalia Mudavadi. « Raila Odinga lui est assez inaccessible », indique un diplomate.

Les représentants étrangers insistent sur un point : l'héritage de Raila Odinga. « Il est en fin de carrière, quelle empreinte veut-il laisser ? Il pourrait tout gâcher. En tout cas s'il continue, nous le mettrons dans la catégorie des infréquentables », explique un négociateur.

Après la réélection d'Uhuru Kenyatta vendredi, les chancelleries ont choisi de rapidement le féliciter. « On ne voulait pas attendre l'expiration des délais de recours. C'était coordonné pour bien montrer qui est le vainqueur », confie un diplomate.

Coup de poker ou baroud d'honneur ?

Quant aux accusations de piratage du serveur informatique, Américains, Britanniques et Européens ont examiné les preuves de l'opposition. « Nous sommes tous formels. Ces documents ne prouvent rien », affirme un expert. Il précise qu'il s'agit de logs, un journal d'entrées et sorties du système. Mais les documents ne montrent pas qui entre, ni comment.

Des Kényans agiraient également en coulisse. Des personnalités influentes, parfois membres de l'ethnie de Raila Odinga, les Luos.

Mais pour l'instant, l'opposant ne veut rien entendre. « On dirait un coup de poker. Mais c'est un baroud d'honneur très dangereux de sa part », estime un diplomate.

« Il est peu probable que nous assistions à une crise de l'ampleur de celle de 2007 »

Murithi Mutiga, chercheur pour International Crisis Group basé à Nairobi, estime que même s'il y a des violences, elles ne devraient pas atteindre le niveau de 2007.

« Il est peu probable que nous assistions à une crise de l'ampleur de celle de 2007, car en 2007, les violences ont explosé immédiatement après l'élection. Et dans les premiers temps du moins, elles ont opposé des membres de deux groupes ethniques, les Kikuyus et les Kalenjins, qui sont les deux groupes majoritaires dans la vallée du Rift, une région très importante pour le Kenya.

Cette fois, les élites de ces deux groupes font partie de la même alliance au sein du parti au pouvoir, donc il n'y a pas eu de troubles majeurs dans la vallée du Rift. Par ailleurs, les allégations dénonçant une fraude électorale sont, du moins à ce stade, moins convaincantes qu'en 2007.

Enfin, l'explosion de 2007 a été un vrai choc, personne ne l'avait vu venir, les Kényans ont été vraiment choqués que cela puisse se passer dans un pays qui avait été jusque-là plutôt stable et en paix.

Par conséquent, je ne pense pas qu'il puisse y avoir le même degré de violences qu'en 2007, qui ont fait des centaines de milliers de déplacés et plus de 1 000 morts. Les troubles actuels semblent pour le moment d'un niveau de violence bien plus bas. »

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