Les Kényans suspendus aux lèvres de Raila Odinga

Dimanche, Raila Odinga était sorti de son silence pour appeler ses partisans à la grève et à attendre les consignes qu'il donnerait.
© REUTERS/Thomas Mukoya

Après une journée de grève générale modérément suivie lundi 14 août, que va annoncer le candidat malheureux à la présidentielle kényane ? Sortant de son silence dimanche, Raila Odinga avait appelé ses partisans à ne pas aller travailler et à attendre les consignes qu'il donnerait ce mardi.

Raila Odingaacceptera-t-il la défaite, choisira-t-il le recours en justice ou l'appel à la manifestation ? Tout dépendra de la capacité de l'opposition à présenter des preuves tangibles d'un éventuel trucage, explique Gabrielle Lynch, spécialiste de la politique kényane.

Lundi encore, la Nasa a publié un communiqué accusant la commission électorale de ne pas avoir rendu publique la totalité des procès verbaux.

Des options de plus en plus limitées

Mais les options de Raila Odinga sont de plus en plus limitées. Si en 2007, le processus électoral était entaché de nombreuses irrégularités, cette année, tous les observateurs ont salué un scrutin crédible et transparent. Peu de gens sont donc près à sortir dans la rue, poursuit la chercheuse.

L'opposant historique semble de plus en plus isolé. De nombreux chefs d'Etat ont déjà félicité Uhuru Kenyatta pour sa réélection, alors que le délai pour déposer un recours en justice n'est pas encore passé.

Et au sein même de l'opposition, des dissensions se font sentir. Raila Odinga serait-il en train de gagner du temps pour négocier une position ou de l'argent ? Rien n'est moins sûr. Sans preuve de trucage des élections, il n'est pas en mesure de négocier avec le gouvernement, estime une source bien informée. Et la communauté internationale n'est pas encline à récompenser une opposition qui refuse d'utiliser les voies légales de recours.

« Plus le combat est long, plus douce est la victoire »

En tout cas, Raila Odinga maintient le suspense sur ses intentions. Certains craignent une radicalisation, avec le risque de violences. John Tchipkon souhaite qu'il concède sa défaite pour ne pas gâcher les progrès du Kenya.

« Pour la première fois, notre pays commence à se structurer. Les éternels soupçons sur les triches électorales sont en train de s'estomper. Le vote ethnique diminue. La nouvelle génération commence à voter pour des programmes, pas des clans », souligne-t-il.

Avocat installé au quartier Kilimani, Charles Munga préfère mettre le président sortant et son adversaire dos à dos.

« Les gens sont un peu nerveux. Même quand Raila Odinga perd à la régulière, il se dit victime de triche. Il a toujours eu tendance à inciter à la violence, rappelle-t-il. Dans le passé, il a dit que des ranchs de Blancs devaient appartenir aux Noirs. Et il est au-dessus des lois. On ne peut pas l'arrêter. Si on l'interpelle, c'est l'anarchie. Mais quand lui et Uhuru Kenyatta partiront, le pays sera libéré. Kenyatta est fils de président, Odinga est fils de vice-président. Ces deux-là sont comme des rois. Quand ils ne seront plus là, nous serons libres. »

Mais d'autres attendent au contraire que Raila Odinga continue de s'accrocher. Jackson Ogoda Omindo habite Kibera et il vote pour l'opposition. Il est prêt à retourner protester dans la rue.

« Cela fait dix ans que je supporte Odinga, témoigne-t-il. Il se bat pour le peuple. Aujourd'hui je ne peux pas acheter de savon ou de pain. Raila Odinga peut changer cela. Nous avons une mission, nous avons le pouvoir. La Constitution m'autorise à manifester librement. Et vous savez, plus long est le combat, plus douce est la victoire. »

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