Destructions des mausolées de Tombouctou: 2,7 millions d’euros de «réparations»

Capture d'écran d'une vidéo montrant des islamistes détruisant un mausolée à Tombouctou, en juillet 2012.
© AFP PHOTO

Ahmad Al Faqi Al Mahdi a été condamné jeudi 17 août par la Cour pénale internationale (CPI) à verser 2,7 millions de réparations « individuelles, collectives et symboliques » pour avoir ordonné la destruction des mausolées de Tombouctou en 2012. Ce Touareg malien avait été condamné en septembre dernier à 9 ans de prison dans le premier procès pour destruction de biens culturels.

Un total de 2,7 millions d'euros. C’est le montant de réparations fixé par la Cour, qui précise qu'il s'agit de « réparations individuelles, collectives et symboliques » pour la communauté de Tombouctou. C'est dans cette ville du nord du Mali, tombée sous le contrôle des groupes terroristes AQMI et Ansar Dine durant dix mois en 2012, que des monuments religieux classés au patrimoine mondial de l'Unesco avaient été détruits. « La destruction des bâtiments protégés a causé de la souffrance aux personnes à travers le Mali et la communauté internationale et la Cour estime M. Mahdi responsable pour les réparations de 2,7 millions d'euros », a déclaré le juge.

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En septembre, Ahmad Al Faqi Al Mahdi, qui avait plaidé coupable, avait été condamné à 9 ans de prison pour avoir « dirigé intentionnellement » la destruction de neuf mausolées et de la porte de la mosquée Sidi Yahyia en tant que chef de la Hisbah, la « brigade islamique des mœurs ».

La Cour a en fait ordonné des réparations pour compenser trois types de préjudices : pour les dégâts infligés aux bâtiments ; pour les pertes économiques indirectes, puisque ces édifices attiraient visiteurs et touristes ; et, enfin, pour le préjudice moral.

Il faut protéger ces cimetières, les protéger et les sécuriser.
Lassana Cissé, ancien directeur national du patrimoine culturel malien
18-08-2017 - Par Laura Martel

Des mesures symboliques sont également attendues, comme l’édification d’un monument. L’organisation d’une cérémonie de commémoration ou « du pardon » est également envisagée. Par ailleurs, 1 euros symbolique a été attribué à l'État malien, mais aussi à l'Unesco, pour symboliser les dommages subis par la communauté internationale.

Certaines victimes seront cependant dédommagées individuellement. Il s'agit, pour les préjudices économiques, des personnes qui vivaient directement et exclusivement de l'entretien ou de la visite des monuments détruits. Et, pour le préjudice moral, des descendants des Saints enterrés dans ces mausolées. Peu nombreuses, ces personnes devront être indemnisées en priorité, à indiqué la Cour.

Le Malien Ahmad Al Faqi Al Mahdi lors de la première audience de son procès devant la CPI, le 22 août 2016 à La Haye, aux Pays-Bas. © REUTERS/Patrick Post/Pool

Le Fonds au profit des victimes chargé de trouver l'argent

La Cour « n’est pas d'accord avec le fait que l'indigence de M. Mahdi ait un impact sur l'ordonnance de réparation », ont insisté les juges de la CPI.  Si Ahmad Al Faqi Al Mahdi n’est pas en capacité de payer la somme réclamée, c’est au Fonds au profit des victimes, organe indépendant, crée en 2004, et financé par des contributions volontaires publiques et privées, de « compléter toute réparation individuelle ou collective », a enjoint la CPI.

C'est une première étape qui est importante et symbolique mais la Cour pénale internationale ne peut pas se limiter à la poursuite de «crime de guerre» et «destruction de biens culturels».
Karine Bonneau, responsable du bureau justice internationale à la FIDH
18-08-2017 - Par Laura Martel

La Cour a donné au Fonds 6 mois, jusqu'au 16 février 2018, pour présenter un plan de mise en œuvre. Un délai conséquent, qui s'explique par le fait que le Fonds a déjà souligné que la concrétisation des réparations collectives serait particulièrement complexe à Tombouctou, étant donnée la situation sécuritaire toujours très dégradée à Tombouctou, qui risque de freiner encore la concrétisation des actions prévues sur le terrain.

L'accusation, les parties civiles et les avocats de la défense pourront ensuite déposer des observations sur ce projet de financement dans les 30  jours suivant sa notification. Après approbation du projet par la Chambre, le Fonds identifiera ensuite des projets et des partenaires de mise en œuvre, avant de demander l’accord final de la Chambre.

Les ruines d'un ancien mausolée après les destructions perpétrées par les jihadistes, à Tombouctou. © REUTERS/Joe Penney/File Photo

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