Election en Angola: dans les zones minières de l'Est, les inégalités pèsent

Au village d'Itengo, la population se plaint de ne pas bénéficier les fruits de l'exploitation minière.
© Photo : RFI / Sonia Rolley

A quelques jours des législatives du mercredi 23 août prochain, la campagne électorale bat son plein en Angola, sur fond de crise économique. Dans les provinces de l’est du pays, l’exploitation des diamants va bon train, les concessions se multiplient depuis une dizaine d’années. Malgré cela, les populations locales s’estiment laissés-pour-compte.

Saurimo, capitale de l’État de Lunda Sud, dans l’est de l’Angola. Il est 8 heures du matin, ce jeudi 17 août et toutes les stations-services sont fermées. « Les généraux créent la pénurie pour que la population se fournisse plus cher sur le marché informel », explique un activiste des droits de l’homme. Un peu plus loin sur la route, un panneau : « Saurimo, commune diamantifère ».

Des diamants, mais pas de développement

Dans les villages alentours, on a vu de grandes sociétés s’installer, explorer puis exploiter les diamants qui assuraient jusque-là la survie des populations. « Elles avaient promis de nous apporter le développement et elles n’ont rien fait », raconte un chef coutumier. Pire, ces sociétés ramènent même des jeunes de Luanda pour travailler au lieu de prendre des employés locaux.

Derrière le chef se trouve une école, qui compte seulement quatre classes. Ici, il n’y a que l’enseignement primaire. Cette année, une trentaine d’élèves du village n’iront pas plus loin, faute d’argent. Impossible pour les parents de les envoyer à Saurimo pour poursuivre leur cursus.

« On peut reprocher beaucoup au Mouvement populaire de libération de l'Angola (MPLA), mais c’est vrai qu’il faut comparer les photos de 2002, de la fin de la guerre, à celles d’aujourd’hui », tempère un jeune du village, qui se dit apolitique.

Une position qui fait écho au discours que João Lourenço, candidat du MPLA et successeur désigné de José Eduardo dos Santos, à fait à Dundo. Dans cette ville située à la frontière avec la République démocratique du Congo, des dizaines de barres d’immeubles flambant neuves - un parc immobilier de 5 000 appartements -, restent à moitié vides faute d’occupants en mesure de se les payer.

Un convoi de l'Unita à Lukapa, province de Lunda Norte (photo d'archive). © Photo : RFI / Sonia Rolley

Promesses non tenues

Trois drapeaux du MPLA flottent devant une salle communautaire délabrée d’Itengo, un village située à une cinquantaine de kilomètres au nord de Saurimo. De l’autre côté de la rue, un bâtiment sommaire fait office de centre de santé. Ce sont les deux seules réalisations de l’État dans ce village, cadeau d’une précédente élection.

C’était il y a dix ans et Antonio Maohenda, secrétaire de la chefferie d’Itengo, ne croit plus aux promesses d’un véritable développement : « Je n’ai pas cet espoir parce qu’on a l’expérience du passé. L’autre venait déjà en promettant de garantir une amélioration de nos conditions de vie et la population est restée dans la misère. Je ne crois pas que le nouveau va changer quoi que ce soit. »

João Lourenço, candidat du MPLA, est passé sur cet axe il y a à peine une semaine. Le problème à Itengo, c’est que le gouvernement a donné une partie de terres aux compagnies minières, sans offrir de réelles contreparties pour la population.

En quête de nouvelles sources de revenus

« Notre défunt chef, mon prédécesseur, a réclamé le respect des droits économiques de la population de l’Est. Il a lancé un message au niveau national comme international. Il a été accusé d’être un agitateur, un opposant. Et du coup, dans cette zone, nous n’avons rien obtenu côté infrastructures », raconte Joaqui Amba, chef coutumier d’Itengo.

Dans ce village, la population est en quête de nouvelles sources de revenus. Les habitants avaient toujours exploité eux-mêmes les diamants sur leurs terres, artisanalement. Cela leur est aujourd’hui interdit.


• La fin de campagne se jouera à Luanda

En Angola, ce sont les derniers jours de campagne. Les six partis en compétition continuent de sillonner les différentes provinces du pays, avant les derniers meetings, qui doivent se tenir à Luanda, lundi 21 août. Le vote, lui, est prévu le mercredi 23.

Les Angolais sont appelés aux urnes pour des législatives. Le parti qui remportera les élections désignera le président. Le MPLA, au pouvoir depuis 42 ans, est donné favori. Il tient le pays d’une main de fer. Mais l’Unita, l’adversaire historique et le Casa-Ce, un nouveau parti, cherchent à profiter de la crise économique et insistent dans leurs discours sur le creusement des inégalités sociales pour détrôner leur tout puissant rival.

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