Derniers meetings et fin de campagne en Angola

Dernier meeting du MPLA à Luanda, le 19 août 2017.
© REUTERS/Stephen Eisenhammer

Après le MPLA, samedi, la troisième formation politique d'Angola, le Casa-Ce, tenait son dernier meeting ce dimanche 20 août, avant l’Unita ce lundi. Ce mercredi 23 août, plus de neuf millions d’Angolais sont appelés aux urnes pour départager six partis lors du scrutin qui doit débouché sur l'élection du nouveau Parlement. Les députés désigneront ensuite de désigner le président. José Eduardo Dos Santos a décidé de quitter le pouvoir, même s’il va garder la tête de son parti, le MPLA.

Fête sur la plage pour le MPLA et ses dirigeants. Une fête privée : les journalistes ne sont pas les bienvenus. Musique à fond et du crabe dans toutes les assiettes. Les militants et cadres du parti au pouvoir ne le cachent pas : ils fêtent déjà une victoire que l’on dit acquise. Le MPLA est depuis 42 ans au pouvoir et n’entend pas le perdre.

L'élection sera « une formalité » pour le MPLA

« Il n’y aura pas deux présidents de la République. Cela n’arrivera pas. Un exécutif bicéphale existerait dans le cas où il y aurait deux présidents. Il y aura un président de la République et un président du parti. C’est normal, estime João Lourenço, le candidat du MPLA au micro de RFI.

Et le candidat du MPLA se dit sûr de remporter une large victoire : « Nous n’allons pas gagner avec 30 % et quelque, comme l’affirment certains pseudos sondages. Si cela arrivait, alors peut-être que nous serions amenés à former une alliance. Mais cela ne va pas arriver. Nous allons gagner avec une large majorité et dans ce cas, ça n’a aucun sens de faire appel à qui que ce soit pour gouverner avec moi. Au vu de la grande adhésion que nous avons constatée pendant plusieurs mois à notre parti, le MPLA, je pense que le 23 août ne sera qu’une formalité »

Le Casa-Ce, troisième parti face aux adversaires historiques

Meeting de la coalition Casa-Ce avant les élections législatives du mercredi 23 août en Angola. © RFI / Sonia Rolley

L'Unita, rival historique du MPLA, a déjà déposé des recours devant la justice. Et pour les deux adversaires historiques, font face à une troisième formation : le Casa-Ce, une coalition de partis fondée en 2012 par des anciens de l'Unita. Dimanche, le Casa-Ce tenait son dernier meeting de campagne

Le meeting de ce tout jeune mouvement se tient place du 1er-Mai et la musique est tout aussi forte. Des rappeurs, comme le très militant MCK, sont là pour galvaniser essentiellement des jeunes séduits par le slogan « ni MPLA, ni Unita ».

Rien à voir avec l’impressionnante foule de la veille au meeting du parti au pouvoir. « Oui, mais ici, personne n’est payé ou forcé de venir », rétorquent les jeunes du Casa-Ce.

Ecoutez notre reportage au meeting du Casa-Ce
21-08-2017 - Par Sonia Rolley

Nouveau parti, nouveau drapeau. La Casa-Ce se veut l'arbitre entre le MPLA et l'Unita et tourné la page de la guerre civile. A Luanda, comme dans d'autres villes du pays, ses militants demandent un changement.

« Même si nous n’allons pas gagner, à l’Assemblée nationale, nos députés vont augmenter. C’est cela notre objectif », lance un militant du Casa-Ce. Pour lui, l'hégémonie du MPLA à l'Assemblée nationale fait que « les autres partis n’ont pas la parole, pour que les choses puissent s’améliorer un peu ».

Créé en 2012, six mois avant la précédente élection, la Casa-Ce avait obtenu huit sièges à l'Assemblée. La coalition dénonce déjà des irrégularités, sans pour l'instant sans aller jusqu'à porter plainte, comme le fait l'Unita.

« Ils ne doivent pas frauder, il faut qu’ils fassent attention », prévient cependant Felix Miranda, directeur de la communication du Casa-Ce, qui s'applique à comptabiliser les irrégularités déjà constatées. « Le MPLA, pour le bonheur du peuple, doit quand même se poser la question, si cela vaut la peine de continuer à frauder ; parce que c’est de la fraude, parce si vous demandez à 80% de la jeunesse angolaise, ils veulent le changement ! », estime Felix Miranda.

Jiku, une plateforme d'observateurs citoyens

A cinq minutes de là, dans un lieu tenu secret, de jeunes activistes se retrouvent pour assurer le monitoring de la campagne et des élections. Parmi eux, le rappeur Luaty Beirao, qui montre sur son ordinateur le déséquilibre du temps de parole entre le parti au pouvoir et les autres formations politiques sur les médias publics comme privés.

« Le gouvernement, le MPLA et la Commission électorale, c’est une coalition. L’élection sera libre, mais c’est tout : ni juste, ni crédible. » C’est ce qu’entend démontrer Jiku, sa plateforme.

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Malgré la déception, ce militant du MPLA ne se voit pas quitter le parti

À sa fenêtre, un drapeau du MPLA. Fonctionnaire de l’Etat, il fait campagne pour le parti au pouvoir. « Je suis né dans le MPLA, je fais partie de la jeunesse du MPLA, j’ai combattu », raconte-t-il. Il se souvient de l’époque où l'on considérait l’Unita comme l’ennemi, rebelle comme civil, « on tirait sur tous ceux qui ne partageaient pas notre philosophie », se souvient encore ce cadre du parti au pouvoir.

Il admire Jose Eduardo Dos Santos pour avoir réussi à se maintenir pendant la guerre. Lui qui était si jeune, souligne-t-il, pour avoir limité le nombre de mandats, aboli à peine de mort, mais il dénonce une impunité totale des détournements d’argent public à tous les niveaux. La famille présidentielle qui, dit-il, pèse jusque dans son assiette à travers deux sociétés qu’elle dirige, Sonangol la compagnie pétrolière et Unitel la compagnie de téléphonie mobile.

Mais il ne veut pas quitter le parti, il se dit sûr de perdre son travail, il n’est pas non plus convaincu par les partis d’opposition, pas de projet de société, pas convaincu non plus qu’ils aient une marge de manœuvre, c’est le MPLA qui est aux commandes et qui a l’argent. « Comment vont-ils gérer le pays ? », demande encore ce cadre, qui ne croit pas non plus en une révolution populaire. Aucun citoyen angolais n’a aujourd’hui envie d’entendre un coup de feu, rappelle-t-il. Il rêve d’une révolution de l’intérieur et d’un président qui va comprendre les besoins de la population.

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