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Espagne

Espagne: pas d’identité pour les migrants morts dans le détroit de Gibraltar

Dans le cimetière de Tarifa, à la pointe sud de l'Espagne, il n'y a plus de place, depuis ce mois d'août 2017, pour enterrer les migrants morts dans le détroit de Gibraltar dans les traditionnelles niches. Ils sont tous placés dans la fosse commune.
© RFI/Benjamin Delille

L’afflux de migrants en Espagne ne cesse de croître. Plus de 9 000 migrants ont rejoint la péninsule ibérique depuis l’Afrique du Nord cette année, selon l’Organisation internationale pour les migrations, soit trois fois plus que le chiffre de 2016 à la même période. Le nombre de morts noyés, lui aussi, est en hausse, déjà plus de 120 en 2017. Depuis que le détroit de Gibraltar est une route migratoire, l’Espagne ne compte plus les migrants enterrés sans même savoir leur identité. Reportage à Tarifa, à la pointe sud de l’Espagne.

Avec notre envoyé spécial à TarifaBenjamin Delille

Le cimetière de Tarifa, dans les hauteurs de la ville, est à la croisée des vents du détroit de Gibraltar. On y aperçoit la côte marocaine derrière la brume marine. Paco, la cinquantaine, y a toujours enterré des migrants, sans nom pour la plupart.

« Voilà les derniers. Ils sont apparus sur la plage l’année dernière, ils sont restés six mois à la morgue, au cas où quelqu’un les réclame. Si personne ne vient, ils finissent ici », explique-t-il. Ceux-ci se contentent d’une plaque sur laquelle est écrit « migrant du Maroc ». Mais les autres, ceux qui arrivent désormais, n’y ont même plus droit. « On ne les enterre plus, on les met en fosse commune. Il n’y a plus de place », constate Paco.

Le détroit de Gibraltar, la pire route

L’afflux de migrants qui frappe l’Espagne ne devrait pas arranger les choses. Pour Andres de la Peña, porte-parole de l’association pour les droits de l’homme en Andalousie, le détroit de Gibraltar est la route où les conditions sont les plus mauvaises. « Déjà, c’est un espace avec un trafic maritime très important, il y a beaucoup de bateaux. Ensuite, sa situation de détroit, le fait que l’océan y rencontre la mer, cela crée de forts courants, et aussi beaucoup de vent », détaille-t-il.

La ville de Tarifa s’est habituée à voir des cadavres de migrants s’échouer sur ses plages. Le militant estime même qu’au fil des années, 20 000 personnes ont péri dans le détroit.

La fosse commune du cimetière de Tarifa où sont enterrés les corps que personne n’a réclamé. Sur la plaque commémorative, l’inscription suivante: «En mémoire des migrants disparus dans le détroit de Gibraltar». © RFI/Cécile Debarge

En 2017, un afflux de Marocains du Rif qui demandent l’asile en Espagne

« Il y a de plus en plus de Marocains qui viennent [à Tarifa, NDLR], observe Andres de la Peña, porte-parole de l'association pour les droits de l'homme en Andalousie. Cela faisait longtemps que nous n'avions pas vu autant de Marocains arriver par bateau car, normalement, les Marocains arrêtés à la frontière sont immédiatement renvoyés dans leur pays. Cela s'est toujours passé comme cela. Mais, dans la situation actuelle, nous remarquons que beaucoup de Marocains qui arrivent dans les embarcations sont internés dans les CIES [les Centres d'internements pour les étrangers, NDLR]. Normalement, ces centres accueillent essentiellement des migrants sub-sahariens. L'internement de Marocains est vraiment un phénomène nouveau que l'on constate cette année. Cela s'explique probablement par le fait que beaucoup de Marocains viennent du Rif, tentent de fuir la crise qui sévit dans cette région et demandent l'asile en Espagne. Et leur demande est étudiée. Nous n'avons pas les moyens d'affirmer qu'ils viennent tous du Rif, mais nous savons que c'est le cas d'un certain nombre d'entre eux et qu'ils ont bel et bien demandé l'asile politique. C'est vraiment nouveau cette année. »

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