Mike Sonko, le porte-voix des quartiers pauvres devenu gouverneur de Nairobi

Le nouveau gouverneur de Nairobi, Mike Sonko, ici lors d'un meeting du parti Jubilee d'Uhuru Kenyatta, à Nairobi, le 4 août 2017.
© REUTERS/Thomas Mukoya

Entré en politique il y a moins de dix ans, Mike Sonko est aujourd’hui un des hommes politiques les plus populaires du Kenya. Ce personnage populiste à l’aura sulfureuse est aujourd’hui à la tête de la « capitale de l’Afrique de l’Est ».

De notre correspondante à Nairobi

Gideon Mbuvi Kioko exécute quelques pas de danse à la mode sur le podium, sous les regards amusés de l’assistance. « Je vous promets de restaurer la gloire perdue de Nairobi, la cité verte sous le soleil », déclare-t-il sous les applaudissements, en référence au surnom que portait la capitale kényane peu après l’indépendance. Celui qui se fait appeler « Sonko », « l’homme riche » en sheng, l’argot de Nairobi, est devenu en moins de dix ans un politicien de premier plan. Depuis sa prestation de serment lundi, dans le parc Uhuru, en plein cœur de la capitale, il est officiellement devenu le second gouverneur de la ville qui représente près de 60% du PIB kényan.

Minibus dans les bidonvilles et chaînes en or au cou

Avant son entrée fracassante en politique lors d’une élection partielle en 2010, lors de laquelle il a remporté un siège à l’Assemblée nationale face à deux hommes politiques aguerris, il était connu pour son succès à la tête de compagnies de minibus de Nairobi, un secteur souvent associé à des cartels mafieux. Ses bus privés ultra-customisés qui desservaient les quartiers pauvres lui ont valu l’admiration de beaucoup de jeunes des bidonvilles.

Mais son style flamboyant, ses chaînes en or, ses grosses voitures et son côté provocateur font jaser dans la sphère politique kényane. L’ancien sénateur de Nairobi, qui se présente aujourd’hui en costume sobre et chaussures cirées, a également un passé mystérieux. « Personne ne connaît le montant de sa fortune, ni d’où elle vient, mais beaucoup le soupçonnent d’avoir trempé dans le trafic de drogue », confie Aly-Khan Satchu, économiste. Des allégations toujours niées par l’intéressé.

Mais à présent, tout cela est loin derrière lui. « Le poste de gouverneur est pour lui une occasion de réinventer Nairobi, mais aussi de se réinventer », estime un observateur. Il a d’ailleurs choisi comme colistier Polycarp Igathe, un homme d’affaires reconnu et respecté.

La présidence en ligne de mire

Une stratégie qui a payé. Lors des élections du 8 août, il a totalisé près de 870 000 voix, ce qui le place en quatrième position en termes de nombre de votes au niveau national, après Uhuru Kenyatta, Raila Odinga et Gathoni Wamuchomba, élue dans le comté de Kiambu. C’est une petite révolution dans la politique kényane, car Mike Sonko est Kamba, une tribu minoritaire. « Il a donc un soutien qui dépasse les clivages tribaux et c’est le signe d’une transformation de fond de la politique kényane », explique Murithi Mutiga, chercheur à l’International Crisis Group.

Les supporters de Mike Sonko, vêtus de la tenue des «équipes de secours Sonko» forment une chaîne humaine lors d'un meeting du parti Jubilee, le 4 août 2017 à Nairobi. © REUTERS/Thomas Mukoya

Mike Sonko avoue même dans les médias kényans viser la présidence. Un succès qu’il a construit en se présentant comme le porte-voix des quartiers pauvres de la capitale. En 2015, il lance les « équipes de secours Sonko », ces ambulances et camions de pompiers privés qui circulent dans les bidonvilles, là où les services de l’Etat font souvent défaut. Aujourd’hui, il est devenu incontournable « car il est capable de mobiliser un très grand nombre de Kényans », confie un analyste. Le président Uhuru Kenyatta lui a d’ailleurs apporté un soutien remarqué durant toute sa campagne.

Un programme aux accents populistes

Pourtant, certains continuent de douter de sa capacité à gérer la capitale kényane. « Diriger Nairobi, c’est bien plus que gérer des matatus (minibus). Personne ne le prend au sérieux, il va devoir prouver qu’il peut mettre en place tout ce qu’il promet », peste un cadre de l’opposition. Il faut dire que Mike Sonko a un programme ambitieux : baisse des taxes pour les vendeurs de rue, réduction des prix des parkings, améliorations dans le secteur de la santé et des transports. Et il tient à son image d’homme d’action. La semaine dernière, il a promis de faire de Nairobi la ville la plus propre d’Afrique et, fidèle à son style, a directement organisé des collectes de déchets dans la capitale.

Autant de promesses aux accents populistes qui inquiètent. « Depuis qu’il est entré en politique, il se spécialise dans les actions coup-de-poing. Mais être gouverneur nécessite de mettre en œuvre des projets globaux », analyse Winni Mitullah, directrice de l’Institut d’études sur le développement à l’université de Nairobi.

Pourtant, ses liens étroits avec la présidence et le parti Jubilee, ainsi que sa mystérieuse fortune, pourraient lui donner une marge de manœuvre bien plus importante que son prédécesseur.