Les Angolais votent pour les premières élections sans Dos Santos depuis 38 ans

Dans un bureau de vote de Luanda, ce mercredi 23 août 2017.
© MARCO LONGARI / AFP

Plus de 9 millions d’électeurs sont appelés aux urnes pour les élections législatives ce mercredi 23 août. Les bureaux de vote doivent fermer à 17h TU. Le parti qui obtiendra la majorité au Parlement décrochera la présidence du pays. L'actuel chef de l'Etat, José Eduardo dos Santos, au pouvoir depuis 38 ans, cède sa place. Le candidat du MPLA, son parti, devrait normalement lui succéder. Il s'agit de l'ancien ministre de la Défense, João Lourenço.

Cet article est réactualisé régulièrement, avec notre envoyée spéciale à Luanda

Le vote a démarré ce mercredi 23 août à 7 h, heure locale (6 h TU) dans tout le pays. Plus de 9 millions d'électeurs sont appelés aux urnes dans ce pays qui compte quelque 24 millions d'habitants.

Vote dans le calme à Cimangol

A Cimangol, moitié quartier populaire, moitié bidonville de Luanda, les opérations de vote se déroulent dans le calme depuis ce mercredi matin, rapporte l'envoyée spéciale de RFI à Luanda. C’est en fait toute la ville qui a pris des allures de « ville morte » : tous les magasins sont fermés, il y a peu de circulation.

Devant les bureaux de vote, il y a ceux qui rentrent et se disent très satisfaits de voter. Ceux qui votent pour la première fois, surtout, accomplissent leur devoir de citoyen avec beaucoup d’engouement.

Le personnel de la Commission électorale leur explique comment utiliser le bulletin, comment choisir le parti pour lequel ils veulent voter une fois dans l’isoloir. Le nombre de bureaux de vote est beaucoup plus important que lors de la précédente élection en 2012, ce qui permet d’éviter l’attente.

S'il n'y a pas de changement, se sera très grave.

Témoignages d'électeurs angolais
23-08-2017 - Par Sonia Rolley

Des électeurs empêchés de voter

A l'extérieur d'un bureau de vote de Cimangola, à Luanda ce mercredi 23 août, une dame découvre qu'elle est convoquée dans un bureau plus éloigné. © Photo : RFI / Sonia Rolley

En revanche, et c’est ce que craignaient les partis d’opposition et activistes de la société civile, il y a encore de nombreux électeurs qui, arrivés devant leurs bureaux, sont empêchés de voter.

Les femmes, surtout, qui s’énervent. « Pourquoi on m’envoie voter à 10 ou 20 km, alors que j’habite ici ? », s’emporte l’une d’elle. Les hommes, autour, sont catégoriques : étant donné le niveau d’organisation de la Commission électorale, « cela ne peut être qu’une manipulation du pouvoir », estiment-ils.

Dans ce quartier, les habitants n’ont pas les moyens de se payer un ticket de bus pour aller voter si loin et, du coup, ces électeurs rentrent chez eux, dépités. Ce qui devrait grossir le chiffre de l’abstention.

A Luanda, un enfant joue sous les affiches du candidat de l'Unita aux législatives de ce mercredi 23 août en Angola. © MARCO LONGARI / AFP


• Quels sont les partis en lice ?

Le Mouvement populaire de libération de l’Angola (MPLA), le parti-Etat qui tient tous les leviers du pays depuis 42 ans – soit plus longtemps que le président sortant José Eduardo dos Santos lui-même -, est un mouvement de libération d’inspiration marxiste-léniniste, converti au capitalisme sauvage.

Pendant la campagne, les drapeaux du MPLA étaient omniprésents et les affiches des autres candidats étaient arrachées. Le MPLA a d’ailleurs une cellule dédiée à ces arrachages dans chaque ville du pays.

Et sur les deux principales chaînes télévisées d'Angola, il recueillait plus de 80 % de l’attention médiatique, selon les décomptes réalisés par de jeunes activistes.

En face, son rival historique, l’Union nationale pour l'indépendance totale de l'Angola (Unita), a déjà déposé un recours et espère encore gagner. C’est en tout cas ce qu’affichent sa direction et ses militants.

Mais lors du dernier meeting de l’Unita, son leader Isaias Samakuva a dénoncé une fraude et a rappelé qu’il y avait le secret du vote, appelant les électeurs à ne pas se laisser intimider par la machine MPLA.

Parmi les quatre autres partis en compétition, une formation fait beaucoup parler d’elle : la Casa-Ce. Cette toute jeune coalition de l’opposition, créée en 2012 peu avant les précédentes élections générales, semble séduire de plus en plus de jeunes urbains.

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• Quels sont les enjeux du scrutin ?

Si, comme annoncé, le MPLA remporte la majorité et donc la présidence, José Edouardo dos Santos sera tout de même remplacé à la tête de l’Etat après 38 ans de présidence. Mais ses successeurs auront affaire à de nouveaux défis.

Ils leur faudra prendre la tête du pays dans un contexte de crise économique et de grogne sociale sans précédent, et avoir affaire surtout à l’entourage de l’ancien président, propriétaire de la plupart des grandes entreprises du pays et accusé de gabegie.

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