Mali: fronde des parents d'élèves des écoles Horizon, récupérées par Ankara

L'opposant turc Fetullah Gülen d'un réseau de plus de 100 écoles dans plusieurs pays d'Afrique, avant qu'elles soient récupérées par le régime d'Erdogan.
© REUTERS/Charles Mostoller

A Bamako, les parents d’élèves des écoles privées du groupe « Collège Horizon » sont inquiets pour l'avenir de leurs enfants. Ces établissements privés, qu'on retrouve dans d'autres pays de l'Afrique de l'Ouest, sont connus pour leur sérieux. Une grande partie du capital du groupe appartient à Fethullah Gülen, imam opposé au pouvoir turc. Depuis quelques mois, le président Erdogan a créé une fondation pour prendre le contrôle de ces écoles. A Bamako, les parents d'élèves se sont réunis lors d’une assemblée générale ce samedi 26 août.

En Afrique, la Turquie cherche toujours à « nettoyer » le continent de l’influence de Fethullah Gülen, cet imam accusé par Ankara d’avoir préparé le coup d’Etat raté du 15 juillet 2016. La nébuleuse de Fethullah Gülen disposait d’un réseau de plus de 100 écoles dans une trentaine de pays africains.

Mais Ankara a mis sur pied une fondation publique, la Fondation Maarif, qui prend désormais le contrôle de ces écoles en signant des accords avec les gouvernements locaux. C’était encore le cas début août, avec le gouvernement de Bamako.

Très cotées dans la capitale malienne, les écoles privées du groupe « Collège Horizon » ont, sur le papier, changé de nom. Elles s’appellent désormais les écoles Maarif de Turquie au Mali. Et malgré les assurances données par le ministère malien de l’Education nationale, de nombreux parents d’élèves de ces établissements sont inquiets.

Inquiétude des parents

« Notre inquiétude c’est d’abord le contenu du protocole, souligne Koita Aminata Traoré, première vice-présidente de l’associant des parents d’élèves. Nous sommes inquiets quand on nous dit que c’est une raison d‘Etat. Nous pensons à la qualité de l’enseignement. Et la qualité de l’enseignement ne peut pas se faire sous une tension juridique. »

Pour la première vice-présidente de l’associant des parents d’élèves, avec le nouveau repreneur annoncé, c’est un peu l’aventure. « Nous ne connaissons pas la Fondation Maarif et vu que c’est une école privée, nous payons les écoles de nos enfants. Nous pensons que nous sommes des acteurs-clés. »

Invitée à plier bagage, l’actuelle direction des établissements « Collège Horizon » fait de la résistance et va saisir la justice. Une bataille judiciaire qui risque d’être longue.

Offensive anti-Gülen en Afrique

La Fondation Maarif a été créée avant la tentative de putsch, mais alors que les relations entre l’imam Gülen et le pouvoir turc étaient déjà mauvaises, explique notre correspondant à Istanbul, Alexandre Billette.

Objectifs officiels de la fondation : créer des écoles à l’étranger, former des professeurs, attribuer des bourses. Mais les dirigeants reconnaissent ouvertement dans la presse que le but est aussi de remplacer les structures mises en place par Fethullah Gülen.

Après le coup d’Etat raté, certains pays ont préféré fermer tout simplement les écoles du réseau de l’imam pour ne pas froisser Ankara, c'est le cas du Maroc. Mais la Turquie préfère de loin conserver ce réseau et en prendre le contrôle.

La fondation affirme avoir maintenant signé des protocoles d’accords avec une vingtaine de pays africains pour récupérer ces écoles. Et peu de risque que la Fondation Maarif se retourne contre le pouvoir turc car son conseil d’administration est majoritairement nommé par le gouvernement d’Ankara et son financement est assuré par des hommes d’affaires, proches de Recep Tayyip Erdogan.