Madagascar: conflit générationnel sur le «retournement des morts»

En tête de cortège, Mme Rasoamanalina, la doyenne de la famille. Derrière elle, ses petits-enfants portent la dépouille de sa fille qui va être placée au tombeau avec les autres ancêtres.
© RFI/ Sarah Tétaud

Chaque année, durant l'hiver, les familles malgaches profitent de la saison sèche pour honorer leurs ancêtres et célébrer le « famadihana », le « retournement des morts ». Dans la région des Hauts-Plateaux, au centre du pays, les dépouilles sont sorties du tombeau pour danser avec elles, avant de changer leurs linceuls. Ce rite, pratiqué depuis le 16e siècle sur la Grande Île, est une fête bien souvent onéreuse et fastueuse. Aussi, avec la conjoncture économique actuelle, les familles ont de plus en plus de mal à organiser régulièrement ce type de cérémonie et une certaine frange de la population malgache commence à s'indigner face à des dépenses jugées irraisonnables.

2000 invités, trois zébus et trois porcs abattus. Pour honorer ses défunts, la famille organisatrice a dépensé près de 15 millions d'ariarys, plus de dix ans d'économie. Dans la foule, Mariette, une convive, savoure le repas qui lui est servi.

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30-08-2017 - Par Sarah Tétaud

« Dans ma famille, ça fait plus de 30 ans qu'on n'a pas fait de retournement de morts. Quand on aura assez d'argent, on fera le "famadihana". Comme ça, on aura la bénédiction des ancêtres, explique-t-elle. Mais moi, je n'ai pas encore pu mettre d'argent de côté, parce que j'ai des enfants à charge et que je suis veuve. »

Clovis, le petit-fils de l'organisatrice, a un discours diamétralement opposé. A 25 ans, cet étudiant à l'université d'Antananarivo réprouve cette tradition. « Moi je trouve ça fou de dépenser autant d'argent en une journée. A la place de ma grand-mère Bebesoa, je n'oserais pas faire ça parce que ça fait dix ans qu'elle a économisé cette somme d'argent, et je ne trouve pas ça raisonnable d'un point de vue économique, regrette-t-il. Si un jour dans la famille quelqu'un tombe malade, il n'y a plus d'argent. Alors comment on fait ? »

L'important, pour Clovis, n'est pas d'honorer les morts, mais de célébrer les retrouvailles entre vivants : « Je ne perpétuerai pas cette coutume-là. C'est ça la philosophie que je vais enseigner à ma descendance ».

Cette manière de penser est encore minoritaire, mais elle commence à trouver de plus en plus d'écho chez les jeunes issus des villes. Choc générationnel ou évolution du système de valeurs ? Seul l'avenir le dira.