Cameroun: les premiers leaders anglophones libérés

La ville de Bamenda au Cameroun anglophone (phot d'illustration).
© Wikimedia Commons

Au Cameroun, le président Paul Biya a décrété mercredi l'arrêt des poursuites contre certains leaders et activistes anglophones. Ils étaient jugés par un tribunal militaire de Yaoundé après les violences qui ont secoué en décembre 2016 les deux régions anglophones du pays. Mais les libérations prennent du temps. Jeudi 31 août, le tribunal militaire de Yaoundé, qui doit valider ces libérations, n'a donné son feu vert qu'à une trentaine d'entre elles. Une vingtaine d'autres prisonniers devront attendre une prochaine audience.

Les autorités camerounaises assurent que les trois leaders principaux concernés sont déjà sortis de prison ou sur le point d'être libérés. Deux d'entre eux devaient être libérés jeudi soir : l'avocat Agbor Balla et l'universitaire Fontem Neba étaient jugés pour terrorisme et incitation à la sécession.

La troisième personnalité concernée est un ancien magistrat à la Cour suprême, Paul Ayah Abine, mis à la retraite pendant sa détention et qui n'a d'ailleurs jamais été jugé. Il était détenu au secrétariat d'Etat à la Défense depuis plus de sept mois et il est rentré chez lui jeudi matin.

Christophe Ndong, avocat de Paul Ayah Abine, raconte cette libération
31-08-2017 - Par Anne Cantener

Une liste de 54 prisonniers

Libérer ces personnes, c'est un début.
Maître Dorcas Nkongme, avocate et membre de la commission des droits de l’homme du barreau
01-09-2017 - Par Michel Arseneault

Le ministre délégué à la présidence chargé de la Défense a fait circuler une liste de 54 noms. Mais pour l'instant, le tribunal militaire de Yaoundé ne s'est prononcé que sur une trentaine de cas. C'est peu, du moins selon l'opposition. En juin, le SDF, parti bien implanté dans les régions anglophones, avait publié une liste de 131 personnes détenues dans des prisons et commissariats de Yaoundé et Bouea.

La liste n'est cependant pas complètement définitive, les juges et les avocats sont en train de régler les derniers détails. Les autorités précisent que les seuls qui resteront en prison seront ceux qu'elles appellent des criminels, c'est-à-dire qui auraient été arrêtées en possession d'armes. Le gouvernement explique avoir affrété deux bus pour que les ex-détenus puissent être reconduits dans les deux grandes villes anglophones, Bamenda et Buea.

La libération des leaders, c'était l'une des principales revendications des populations anglophones. Le président a donc voulu faire baisser la pression, quelques jours avant la rentrée scolaire. La date n'est sans doute pas un hasard. L'année dernière, les élèves des régions anglophones n'ont pas eu de cours pendant des mois et les autorités semblent vouloir éviter un scénario similaire. D'ailleurs, la presse camerounaise rapporte que des renforts militaires ont été récemment envoyés dans ces régions pour s'assurer que les écoles rouvriraient bien leurs portes lundi prochain.

Les autorités attendent maintenant des gestes de bonne volonté de la part des militants anglophones, explique le porte-parole du gouvernement.

Nous attendons par exemple qu'ils participent effectivement à la conscientisation des familles, des enseignants, des uns et des autres, pour que les enfants retournent à l'école.
Issa Tchiroma-Bakary
31-08-2017 - Par Anne Cantener

→ Écouter sur RFI : « Le risque sécessionniste est marginal au Cameroun »