RDC: la Cenco veut un audit «citoyen» du fichier électoral

Des électeurs cherchent leur nom sur les listes électorales dans un bureau de vote de Kinshasa.
© Reuters/Finbarr O'Reilly

En République démocratique du Congo, la conférence épiscopale a annoncé un audit «citoyen» du fichier électoral après les premières contestations formulées par l'opposition. L'enrôlement des électeurs n'est pas encore tout à fait terminé. Les opérations dans les provinces du Kasaï Central et du Kasaï devraient débuter la semaine prochaine, selon la Céni. Mais le Rassemblement de l'opposition s'est procuré les chiffres du nombre d'électeurs, circonscription par circonscription, et a constaté des accroissements qu'il juge anormaux.

Plus de 60 % d'électeurs supplémentaires dans la province du Sankuru ou dans certains territoires de l'ex-province du Katanga. Alors que des voix s’élèvent pour contester ces chiffres, la commission électorale, mise en cause, assure elle que c'est trop tôt pour en tirer une quelconque conclusion.

Alors certes d'abord, il y a toujours un écart entre les données sorties des centres d'enrôlement et les chiffres présentés, après nettoyage et dédoublonnage, lors de la publication du fichier électoral.

Ensuite, il peut y avoir un accroissement normal dû à l'enrôlement de mineurs qui seront en âge de voter au 31 décembre 2018, à savoir la date limite prévue pour le dernier des scrutins de ce cycle électoral au Congo.

Surinscription des mineurs

Mais comme lors des précédentes élections, l'Organisation internationale pour la francophonie (OIF) et la Conférence épiscopale nationale congolaise (Cenco) ont déjà mis en garde la Céni sur la surinscription de mineurs qui eux ne seront pas en âge de voter.

Même en tenant compte de cette surinscription, voire des déplacements de population, difficile de justifier de tels écarts. Dans le Sankuru, par exemple, il n'y a que 21 000 déplacés du Kasaï selon l'ONU. Alors comment expliquer un accroissement de plus de 60 % du corps électoral entre 2011 et 2017 ? Ces dernières semaines, ce taux d'enregistrement aurait même encore augmenté pour atteindre les 180 %. La découverte de 1 560 cartes d'électeurs sur le secrétaire particulier d'un ministre qui revenait il y a quelques jours du Sankuru ne fait que renforcer cette inquiétude.

Calmer les esprits

Mais en réalité, personne n'est aujourd'hui capable d'évaluer les chiffres produits par la Céni. L'OIF attend d'être invité à faire un audit du fichier, la Cenco, elle, a déjà annoncé le sien. Quant à l'ONU, elle avait en 2006 et 2011 la meilleure vue sur les opérations électorales. Mais, en 2014, deux ans avant ce cycle-clé pour l'avenir de la RDC, le Conseil de sécurité a décidé de diviser par dix les effectifs de la division électorale de la Monusco, laissant une dizaine d'experts seulement pour un pays continent.

De son côté, l'Eglise catholique du Congo, qui depuis les premières élections libres dans le pays en 2016 s'est dotée d'une mission d'observation électorale, a bien noté des irrégularités, notamment l'enrôlement de personnes non éligibles, comme les mineurs. Tous ses constats ont d'ores et déjà été transmis à la commission électorale.

L'objectif de cet audit « citoyen » qu'elle souhaite organiser, c'est aussi de calmer les esprits vu que le report de la présidentielle au-delà des délais constitutionnels, à l'origine de la crise actuelle, avait été justifié par la commission électorale par la nécessité d'avoir un meilleur fichier.

L'un des objectifs d'une mission d'observation électorale, c'est de donner de plus en plus de crédibilité à une opération. L'observation électorale au Congo doit être considérée comme un outil de pacification.
Cyril Ebotoko
01-09-2017 - Par Sonia Rolley