Election présidentielle annulée au Kenya: récit d’une journée mouvementée

Le président sortant, Uhuru Kenyatta, reprend sa campagne après l'annulation des résultats de la présidentielle au Kenya par la Cour suprême, le 1er septembre 2017.
© REUTERS/Thomas Mukoya

La Cour suprême kényane a invalidé l’élection présidentielle du 8 août dernier, remportée par le chef de l'Etat sortant Uhuru Kenyatta. Une décision surprise. La Cour ordonne la tenue d'un nouveau scrutin avant 60 jours.

L'essentiel :

  • La Cour suprême du Kenya a déclaré ce matin que des « irrégularités » ont compromis l’intégrité du scrutin. Elle reproche à la Commission électorale des problèmes de transmissions des résultats et affirme qu'elle a « échoué, négligé, ou refusé » de conduire les élections en accord avec la Constitution.
     
  • La Commission électorale, a réagi en faisant remarquer que ce ne sont ni le vote en lui-même, ni le décompte des scrutins qui ont été remis en question. Elle affirme que « la volonté souveraine du peuple kényan a été pleinement respectée », mais promet d’effectuer des « changements internes de personnels et de procédés dans l’organisation d’une nouvelle élection présidentielle dans 60 jours. »
     
  • L'opposant Raila Odinga, qui avait saisi la Cour suprême, s'est félicité de sa décision, qui « donne naissance à un Kenya nouveau. » Le président Uhuru Kenyatta a pour sa part dit être en désaccord avec la décision, tout en la respectant. Les partisans de deux hommes sont sortis dans les rues, toute la journée, pour manifester leur soutien à leur candidat.

 

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Election présidentielle invalidée au Kenya, édition spéciale
01-09-2017 - Par RFI

16h49 : Dans une série de tweets comportant des photos de ses partisans, Uhuru Kenyatta a affirmé que « la volonté des Kenyans prévaudra. » Tout en appelant à la paix en vue de l'organisation de nouvelles élections, il s'est félicité de pouvoir, grâce à la décision de la Cour suprême, « continuer de servir les Kényans comme président en exercice et non comme président-élu ».

16h29 : Une vingtaine de diplomates occidentaux, dont l'ambassadeur américain Robert Godec, ont salué un « moment important » pour le Kenya et appelé à une nouvelle élection « libre, équitable, crédible et pacifique ».

16h10 : Pour beaucoup d’observateurs qui s’attendaient à une décision « conservatrice », à l’instar de Nic Cheeseman, professeur de politique africaine à l’université de Birmingham interrogé par l'Agence France-Presse, l’avis rendu par la Cour suprême est une surprise. Il signifie que « le Kenya gagne en maturité démocratique », estime Murithi Mutiga, du centre d’analyse International Crisis Group. L’ONG Amnesty International affirme pour sa part que la décision de la Cour suprême « démontre l'indépendance du système judiciaire kényan et montre l'exemple au reste du monde ».

16h00 : La Cour suprême kényane, plus haute instance juridique du pays, a été créée dans sa forme actuelle par la Constitution de 2010. Elle compte sept juges nommés par le président, même s’ils ne sont pas choisis par lui. En 2013, la Cour suprême, dont la composition n’était pas la même qu’aujourd’hui, avait déjà été saisie par Raila Odinga, mais avait validé l’élection d'Uhuru Kenyatta.

15h11 : Sur Twitter, après le hashtag #kenyadecides ce matin, c’est le hashtag #SupremeCourtDecides qui se hisse en haut des tendances du réseau social au Kenya. A cette heure, il a été utilisé dans plus de 116 000 tweets.

15h02 : L’annulation d’une l’élection présidentielle est un fait sans précédent dans l’histoire africaine. Sur les autres continents, au cours des 20 dernières années, très peu d'élections présidentielles ont été été annulées. Cela s’est déjà produit en Autriche et en Haïti en 2016, mais aussi aux Maldives (2013), en Ukraine (2004) et en Serbie (2003). Dans la plupart de cas, ces annulations sont liées soit à la constatation de fraudes, soit à des irrégularités ou des négligences dans le dépouillement des votes.

15h00 : Ekuru Aukot, qui s’était présenté sous l’étiquette « indépendant » lors de la présidentielle, estime que les Nations unies doivent s’occuper de l’organisation du prochain scrutin. Pour lui, la Commission électorale est désormais compromise.

14h45 : Nouvelle déclaration de Raila Odinga avec ses partisans et les membres de la coalition de l’opposition Nasa. Il souhaite une réforme de la Commission électorale, se dit prêt pour une nouvelle élection. « Cette décision a donné naissance à un Kenya nouveau », a déclaré l’opposant.

14h20 : La Cour suprême doit rendre public d’ici 21 jours l’ensemble des motivations qui ont conduit à sa décision d’annuler l’élection.

14h00 : Beaucoup de questions se posent quant aux modalités d’organisation de ces nouvelles élections. D’abord Uhuru Kenyatta et Raila Odinga seront-ils candidats ? Pour le président sortant, la décision de la Cour représente en effet une véritable humiliation. Raila Odinga de son côté, avait prévu de ne se présenter pour qu’un seul mandat et beaucoup de dissensions se sont fait sentir au sein de l’opposition ces derniers temps. Et puis, la Nasa, la coalition de l’opposition, sort ruinée de la campagne pour le scrutin du 8 août. Enfin, Raila Odinga a déjà critiqué les agents de la commission électorale d’avoir commis « un crime monstrueux à l’encontre des Kényans ». Acceptera-t-il alors que la même Commission organise ces nouvelles élections ? Si c’est non, cela pourrait encore reporter le scrutin

13h45 : Au Burma Market, à Nairobi, le président Uhuru Kenyatta et le vice-président William Ruto ont tenu un meeting improvisé pour mobiliser les supporters du parti au pouvoir avant la nouvelle échéance électorale.

13h30 : La Cour a rejeté les accusations contre Uhuru Kenyatta qui est mis hors de cause dans les raisons qui ont conduit à l’annulation du scrutin.

13h15 : On ne sait pas pour l’instant sur quels éléments exactement se sont basés les juges pour parvenir à cette décision, on le saura quand ils donneront leur jugement final dans plusieurs jours. Deux juges ont cependant tenu à faire publiquement part de leurs désaccords. Les débats ont donc été houleux ces derniers jours.

13h00 : Lors de ce scrutin, la pression était forte sur la toute nouvelle Commission électorale, baptisée IEBC, mise en place seulement en début d'année et qui avait choisi un nouveau système électoral avec reconnaissance biométrique et transmission des résultats par Internet. Pression d'autant plus importante que le chef informaticien de l'IEBC avait été assassiné sauvagement une semaine seulement avant le vote. D'ailleurs après le vote, l'opposition avait dénoncé la pire triche de l'histoire du pays après un piratage informatique des serveurs de l'IEBC. Mais finalement, la Cour a plutôt pointé la transmission des résultats. La centralisation des procès-verbaux papier a effectivement pris du temps et la Commission électorale avait d'abord refusé qu'on accède à ses serveurs informatiques. Un membre de l'IEBC dit qu'en 2013, l'opposition avait porté plainte devant la Cour suprême qui à l'époque avait confirmé la victoire d'Uhuru Kenyatta. « Les juges veulent se racheter. Des magistrats avaient besoin d'être vus comme indépendants vis-à-vis du pouvoir », confie cette source. Pour lui, « ça fait mal que l'élection soit annulée à cause d'un problème de transmission. Maintenant s'il faut refaire un vote pour sauver le pays et sauver des vies, on le fera », dit-il.

12h45 : Selon notre correspondante à Nairobi, des milliers de partisans de Raila Odinga fêtent actuellement la victoire dans les rues, dans les quartiers acquis à l’opposition d’abord, dans les bidonvilles de Kibera, de Mathare, et de Kawangware. « On klaxonne, on chante aux cris de Tibim, révolution, le mot d’ordre de l’opposition durant la campagne. Mais on brandit également des branches d’arbres, on court vers les grandes artères de la capitale. Beaucoup sont également rassemblés aux abords de la Cour suprême, où depuis quelques jours les partisans de Raila Odinga se rassemblaient pour prier. De nombreux camions de police étaient visibles ce matin dans la capitale. C’est en tout cas l’incrédulité et la surprise qui règnent à Nairobi comme dans les différentes chancelleries, personne ne s’attendait à un tel verdict et tout le monde attend la suite, avec joie pour certains et anxiété pour d’autres ».

12h30 : Réaction de la Commission électorale au Kenya qui prend note de la décision de la Cour suprême et des trois points sur lesquels elle se base pour annuler les élections. « Nous notons surtout que les irrégularités mises au jour par la Cour portent sur la transmission des résultats, et non sur le vote et de le décompte. La volonté des Kényans a donc été respectée. Nous allons procéder à des changements de personnel et nous nous engageons à conduire de nouvelles élections en accord avec la Constitution ». L’IEBC appelle tous les bords politiques à la mesure et elle demande à la Cour de publier rapidement la totalité du jugement.

Election présidentielle invalidée au Kenya, édition spéciale
01-09-2017 - Par RFI

12h20 : Première déclaration du président sortant Uhuru Kenyatta. Il prend acte de la décision, fait part de son désaccord, mais annonce qu’il la respectera. Il déclare encore que son camp est prêt à de nouvelles élections.

« Il est important pour nous, Kényans, d’être respectueux de la règle de droit. Je ne suis pas d’accord à titre personnel avec la décision qui a été rendue, mais je la respecte autant que je suis en désaccord avec elle. Je le répète je suis en désaccord avec elle, parce que des millions de Kényans ont fait la queue, ont fait leur choix, et six personnes ont décidé qu’elles iraient contre le choix du peuple. »

12h15 : Invité de l’émission spéciale à venir à 12h30 sur RFI, le politologue béninois Mathias Hounkpè. Pour lui, cette décision peut faire tache d’huile sur le continent : « Les pays africains apprennent très vite les uns des autres. Le Kenya vient de montrer que la Cour suprême a simplement besoin d’éléments objectifs pour prendre des décisions. Cet évènement pourrait inspirer beaucoup d’autres pays ». Par ailleurs, « les cours n’inspirent pas confiance aux candidats opposants en Afrique, ce qui vient de se passer est donc très important. Petit à petit, nous posons les pierres pour la construction de l’édifice démocratique en Afrique ». Enfin sur les précédents : « Il y a déjà eu des annulations partielles de bureaux de vote ou de régions. C’était par exemple le cas pour l’archipel de Zanzibar en Tanzanie en 2015. Mais l’annulation d’une élection présidentielle est un évènement unique en Afrique ».

11h55 : Pour rappel, peu de temps après le scrutin, les observateurs internationaux avaient estimé que l’élection s’était déroulée sans « fraudes massives ». Que ce soit l’Union africaine, l’Union européenne, la Fondation Carter ou encore John Kerry, personne n’avait remis en cause les résultats du scrutin à part l’opposition.

11h35 : Selon un responsable proche de la présidence, une déclaration d’Uhuru Kenyatta, chef de l’Etat sortant dont la réélection est invalidée, est attendue dans l’heure.

11h30 : #kenyadecides, ce sont près de 2 500 tweets en moins de trois heures.

11h05 : Au Kenya, la chaîne de télévision NTV est en « breaking news » depuis l’annonce de la Cour suprême et l’on peut voir sur ses images les foules réunies dans plusieurs endroits du pays pour célébrer cette « victoire » judiciaire de l’opposition.

10h54 : Première réaction sur Twitter de la Commission électorale (@IEBCKenya) directement mise en cause. Elle annonce qu’elle prépare sa réponse et tiendra un point presse à 11h30 (TU).

10h45 : Dans sa décision, la Cour suprême met en cause directement la Commission électorale qui a « échoué, négligé, ou refusé » de conduire les élections en accord avec la Constitution. Le juge président indique que des irrégularités ont été commises dans la transmission des résultats.

10h30 : Voici un extrait de la première déclaration de Raila Odinga : « Pour la première fois, dans l'histoire de la démocratisation de l'Afrique, un jugement a été fait par une Cour pour dénoncer l'irrégularité de l'élection d'un président. C'est un jugement sur un président qui est en poste. Je veux profiter de cette opportunité pour remercier les juges de la Cour suprême pour avoir fait ça pour la postérité. Deuxièmement, je voudrais remercier nos avocats, notre équipe d'avocats pour avoir travaillé tard la nuit, travaillé sans compter leurs efforts pour préparer notre dossier. Je voudrais remercier une autre équipe, de jeunes Kényans dévoués qui ont travaillé sans dormir pour réunir les preuves utilisées par nos avocats dans ce dossier. C'est un triomphe. Nous avions dit au début que notre voyage vers le pays de Canaan, notre terre promise, était impossible à arrêter  ».

Raila Odinga, candidat à l'élection présidentielle au Kenya
01-09-2017 - Par RFI

10h15 : Sur Twitter, un hashtag est repris par les twittos qui saluent l’annulation de l’élection, #kenyadecides. Un hashtag qui rappelle celui utilisé lors de la défaite de Yahya Jammeh en Gambie, #gambiadecides.

10h00 : Selon notre correspondante à Nairobi, les partisans de Raila Odinga sont sortis dès l’annonce de la Cour suprême dans la rue pour fêter cette décision.

09h45 : Ce verdict est très surprenant puisqu’en 2013, la Cour suprême avait rejeté le recours déjà présenté par Raila Odinga contre l’élection d’Uhuru Kenyatta, et cette année encore les analystes prévoyaient un verdict en faveur du président sortant.

09h20 : Première déclaration de l’opposant Raila Odinga qui déclare ne plus avoir confiance dans la Commission électorale.

09h09 : L’opposition salue une décision historique au Kenya.

08h50 : La Cour suprême donne 60 jours à la Commission électorale pour organiser un nouveau scrutin.

David Maraga, président de la Cour suprême kényane
01-09-2017 - Par RFI

08h43 : La Cour suprême du Kenya déclare que des « irrégularités » ont compromis l’intérêt du scrutin. Une décision de justice qui intervient suite à la saisine de l’opposition, qui dénonçait des irrégularités lors de cette présidentielle du 8 août dernier. L'élection avait été remportée par le chef de l'Etat sortant Uhuru Kenyatta avec 1,4 million de voix d'écart et 54,27 % des suffrages contre 44,74 % pour Raila Odinga. Des résultats annoncés le 11 août et suivis de manifestations et d'émeutes, notamment dans des bidonvilles de Nairobi et dans l'ouest du pays, réprimées violemment par la police.