Présidentielle kényane annulée: Uhuru Kenyatta stigmatise la Cour suprême

Les forces de l'ordre sont positionnées près du véhicule où se trouve Uhuru Kenyatta pour garantir sa sécurité.
© REUTERS/Thomas Mukoya

Au Kenya, c’est un vrai coup de tonnerre de la Cour suprême. La haute juridiction du pays a annoncé, vendredi 1re septembre,  l'annulation de la présidentielle du 8 août et ordonné la tenue d'une nouvelle élection dans un délai maximal de 60 jours. La coalition de l’opposition, Nasa, ainsi que son candidat, Raila Odinga ne cachent pas leur joie. En revanche, dans les rangs du Jubilee, le parti du président sortant, la colère gronde même si l'on se plie au verdict de la Cour. Uhuru Kenyatta s’est exprimé ce samedi 2 septembre devant les élus de son parti et a durci le ton à l'égard des magistrats de la Cour suprême.

« Nous respectons le verdict, mais nous l’examinerons en temps voulu et nous réglerons le problème », déclare Uhuru Kenyatta dans une attaque à peine voilée à l’encontre de la Cour suprême. « Nous ne nous laisserons pas intimider par la Cour », renchérit son colistier, William Ruto.

Depuis vendredi, le président a un double discours. Dans un premier temps, il avait annoncé accepter la décision et avait appelé au calme et a l’unité, ce qu’il a répété aujourd’hui, avant de durcir le ton. Dans les rangs de son parti, c’est la même ambivalence. Les partisans du Jubilee sont calmes, mais amers. Pour eux, les irrégularités mises au jour ne sont pas suffisantes pour annuler une élection, car elles ne prouvent pas la victoire de Raila Odinga, le 8 août. Certains ont déjà dénoncé une décision « à caractère politique ».

Dans le centre du Kenya, fief de Uhuru Kenyatta, les élus locaux promettent déjà une victoire encore plus écrasante, aux prochaines élections. Le Jubilee semble ainsi être déjà entré en campagne.

William Ruto a lui aussi promis une victoire, cette fois avec plus de 70% des voix. « Le parti n’acceptera pas un changement de commission électorale, comme le demande l’opposition » a-t-il déclaré, avant qu'Uhuru Kenyatta, confiant, ne donne rendez-vous à Raila Odinga pour un nouvel affrontement dans les urnes.

Les membres de la commission électorale voient une pression considérable peser sur leurs épaules. La commission est chargée d'organiser des élections avant la fin octobre tout en attendant de connaître précisément d'ici trois semaines les griefs retenus par la Cour suprême pour motiver sa décision. La commission   devra aussi envisager de remplacer certains de ses membres, comme l'a indiqué son président qui a exclu toutefois de démissionner. Uhuru Kenyatta a lui même refusé tout remaniement en profondeur de cette commission.


■ Analyse

« Je pense qu'initialement, le président Kenyatta était très mesuré dans sa réaction à la décision des juges, témoigne Murithi Mutiga, chercheur spécialiste du Kenya à l'International Crisis Group. Il a poliment affirmé qu'il respectait la décision rendue par la Cour tout en étant en désaccord avec elle. Mais il est malheureux que depuis, aussi bien Kenyatta que son vice-président William Ruto aient attaqué les juges dans des termes très véhéments. Et c'est inquiétant parce que ce que les juges ont fait, qu'on soit d'accord avec ça ou non, était une décision très courageuse qui montre en un sens que la démocratie au Kenya est en train de mûrir.  Et c'est dommage de voir que l'exécutif se livre à une sorte d'escalade avec les juges. C'est vraiment malheureux parce que ça ne renforce pas la confiance dans les institutions du Kenya. »