Présidentielle kényane annulée: la presse sous la pression de la nouvelle

Les partisans de Raila Odinga clament leur joie, le 1er septembre à Nairobi, après l'annonce de l'annulation du scrutin présidentiel.
© REUTERS/James Keyi

Au Kenya, la Cour suprême, saisie par l’opposition, a ordonné, vendredi 1er septembre, la tenue d’une nouvelle élection présidentielle, invalidant ainsi le scrutin du 8 août à l’issue duquel le président sortant Uhuru Kenyatta a été proclamé vainqueur. La Commission électorale a désormais 60 jours pour organiser un nouveau scrutin. Vendredi soir, l’enthousiasme et la fébrilité régnaient au sein de la presse kényane.

Stupeur et tremblement hier, vendredi soir à Nairobi. A la rédaction du Standard, un confrère que l’on imagine fébrile assure, dans un titre, que le Kenya était « le troisième pays dans le monde et le premier en Afrique à annuler une élection présidentielle ». Dans sa précipitation, ce confrère kényan précise toutefois, dans le corps de l’article ainsi titré, qu’il s’agit en fait, non pas du troisième mais du quatrième pays à avoir invalidé un tel scrutin. Les trois autres pays étant l’Autriche les Maldives et l’Ukraine.

De quoi mesurer, à la fois, l’enthousiasme, la fébrilité, voire le vertige d’une presse sous la pression d’une telle nouvelle...

En République démocratique du Congo, Le Potentiel pavoise. Cette décision est « une leçon de droit et un exemple pour l’Afrique », lance ainsi, en manchette, ce quotidien kinois à « la Une » duquel une caricature montre, dans une pièce enfumée où débordent champagne et dollars, des membres patibulaires du « syndicat des présidents à vie africains », cigare au bec, lunettes sombres et kalachnikovs à portée de main, fulminant contre Uhuru Kenyatta parce que le président kényan, en direct à la télévision, ose s’incliner devant la décision de la Cour suprême de justice. « Le traitre. Il vient de tuer 57 ans de business juteux !!! On va nous imposer la dictature des urnes ! », s’étrangle un de ces dictateurs.

Ironie kinoise, donc, mais pas uniquement. Le Potentiel prédit que ce coup de tonnerre électoral va ouvrir une « nouvelle voie pour l’Afrique ». Désormais, « l’opposition peut se tourner vers la justice et partir du principe qu’elle sera équitable », veut croire ce quotidien congolais.

A Cotonou enfin, Victor Topanou, professeur de droit, ne dit pas autre chose dans La Nouvelle Tribune. Cet ex-garde des Sceaux du Bénin prophétise un effet une « tache d’huile » en Afrique.

« Avec ce qui vient de se passer au Kenya, les institutions chargées d’organiser les élections en Afrique sauront désormais qu’elles sont capables et qu’elles ont l’obligation de prendre leurs responsabilités en ne disant que la vérité », augure-t-il. S’il le dit…