Nouvelle campagne présidentielle au Kenya: les commerçants à la peine

Forces de police à Kibera, quartier de Nairobi acquis à Raila Odinga, où des tensions et émeutes ont été signalées le 12 août 2017.
© MARCO LONGARI / AFP

Retour à la case départ au Kenya. Raila Odinga et Uhuru Kenyatta sont repartis en campagne en vue des nouvelles élections ordonnées par la Cour suprême vendredi 1er septembre. Une campagne qui s’annonce mouvementée : Raila Odinga a encore une fois attaqué l’IEBC mardi et menacé de boycotter la prochaine présidentielle. Et si la décision des juges est saluée au sein de l’opposition et sur la scène internationale, la sphère économique retient encore une fois son souffle. Depuis plusieurs mois, les activités tournent au ralenti et dans les quartiers populaires, les petits commerçants kényans abordent cette nouvelle campagne avec appréhension.

Accoudé au comptoir de sa quincaillerie, Benson Karanja attend les clients. Depuis deux mois, il ne fait que 30% de ses bénéfices habituels et la nouvelle élection, dit-il, n’augure rien de bon pour ses affaires. «  En période électorale, les gens ont peur de ce qui peut arriver, témoigne-t-il. Donc ils achètent peu de choses, et ils ne construisent pas. Par exemple moi, je pose aussi des vitres, et les gens ne veulent pas installer de vitres maintenant, car ils ont peur qu’on vienne détruire leurs propriétés… »

Le mois dernier en effet des manifestations violentes ont éclaté après l’annonce des résultats et certains commerces ont été pillés. Un peu plus loin, Grace Mura vend des fruits à un coin de rue. Elle espérait une reprise des affaires après les élections, mais aujourd’hui, elle est inquiète : « Nous pensions que les choses allaient s’arranger mais c’est de pire en pire. Nous avons peur, des gens ont perdu la vie après les premières élections. Qu’en est-il de nous, les Kényans ? »

Pensez aux Kényans, c’est également le message que Juma, charpentier, adresse aux politiciens. « Il vaudrait mieux qu’ils acceptent, quoi qu’il arrive. Et s’il y a un problème, qu’ils ne nous en mêlent pas, parce que nous, nous coulons, et personne ne viendra nous aider. Quand ils viennent, ils disent que les autres sont des voleurs ; après les gens commencent à se battre, à mettre le feu. »

Alors que dans les deux camps le ton monte, les petits commerçants kényans n’attendent qu’une chose, aller voter rapidement pour pouvoir retourner au travail.