Mauritanie: des opposants au référendum constitutionnel accusés de corruption

La justice mauritanienne estime que des sénateurs, des journalistes et des syndicalistes sont liés à une affaire de corruption (photo d'illustration)
© Getty Images/ Romilly Lockyer

En Mauritanie, les comparutions devant le juge d'instruction de plusieurs sénateurs, journalistes et représentants syndicaux qui avaient débuté il y a une semaine ont pris fin ce vendredi 8 septembre. Ils sont accusés de faits de corruption, mais leurs avocats dénoncent un dossier vide et une instrumentalisation de la justice. Ces personnalités s'étaient toutes opposées à la réforme constitutionnelle qui prévoyait notamment la suppression du Sénat et qui a été validée par le référendum du 5 août.

Mohamed Bouamatou est le financier présumé de ce que l'accusation présente comme une vaste affaire de corruption. L'opposant et puissant homme d'affaires, ainsi que son bras droit, font désormais l'objet d'un mandat d'arrêt. Ils auraient donné de l'argent à une vingtaine de personnalités pour qu'elles s'opposent au référendum constitutionnel initié par le président Ould Abdel Aziz.

Onze sénateurs, quatre journalistes et deux syndicalistes ont ainsi comparu ces derniers jours devant le juge : ils ont été inculpés, placés sous contrôle judiciaire et privés de leurs passeports avec instruction de ne pas quitter Nouakchott.

L'accusation, qui réclamait l'incarcération pour les sénateurs, a fait appel. Les onze élus restent libres, mais devraient voir leur sort fixé la semaine prochaine par la chambre d'accusation de la Cour d'appel.

Deux personnes restent en revanche emprisonnées. Le sénateur Ould Ghadde, l'un des leaders de la fronde contre le référendum. Il est accusé d'avoir reçu de l'argent de Bouamatou et de l’avoir aidé à corrompre ses collègues et les autres personnalités.

On lui reproche aussi d'avoir payé un militaire pour susciter une polémique durant la campagne référendaire, en remettant en cause la version officielle sur les circonstances de la blessure par balle du président Ould Abdel Aziz en 2012. Et c'est ce militaire qui se trouve également en prison.

Si le parquet parle de corruption, les accusés dénoncent eux une tentative d'écraser toute opposition au pouvoir.