Togo: calme relatif à Lomé pendant que l’opposition cherche une position commune

Manifestation à Lomé, Togo, pour demander le départ du président Faure Gnassingbe, le 6 septembre 2017.
© REUTERS/Noel Kokou Tadegnon

L’ambiance est toujours électrique à Lomé, au Togo, après deux jours de manifestations de l'opposition qui réclame des réformes constitutionnelles. Comment cette situation va-t-elle évoluer, alors qu’il n’y a pas de grands rassemblements prévus pour ce vendredi 8 septembre 2017 ? C’est toute la question, d’autant que les leaders de l'opposition ne sont pas tous sur la même ligne.

La vie a repris au centre-ville. Les services de la mairie de Lomé nettoient le rond-point de la Colombe de la paix, le boulevard Eyadéma, la rue de France et toutes les rues adjacentes du carrefour. Toute cette partie de la ville où les manifestants ont pris quartier avant d’être dispersés tard la nuit dernière.

Les boutiques et banques à Dékon ont levé la grille, la circulation reprend petit à petit. Les patrouilles de police et de gendarmerie sont fortement visibles aux grands carrefours et des check-points sont installés dans les zones sensibles.

Par contre, à Bè, tôt ce vendredi, on a signalé des échauffourées entre jeunes et forces de sécurité. Pour l’instant, une poche de jeunes qui résistent s’observe à Bè et la zone est quadrillée. Pas de circulation sur le boulevard Houphouët-Boigny jusqu’au marché. Un cordon de policiers ferme l’arrivée sur le boulevard circulaire.

Il n’y a pas encore de mot d’ordre des leaders de l’opposition, qui sont en concertation. Et ces leaders ne sont d’ailleurs pas exactement sur la même ligne. En effet, à mesure que le mouvement de contestation a pris de l'ampleur, il semble que les revendications ont évolué. On a l'impression d'assister à une sorte de flottement dans le mouvement de l'opposition. Et on entend des voix dissonantes.

Pour certains, les revendications initiales, portant sur la limitation du nombre de mandats ou le scrutin présidentiel à deux tours, sont dépassées. Ils appellent au départ pur et simple du président Faure Gnassimbé.

Un départ du président indispensable pour certains

C'est le cas de Jean-Pierre Fabre, le président de l'ANC. Le président « doit démissionner, dit-il, il n’aucune légitimité. Les subterfuges, les ruses qui consistent à dire qu’il dépose un avant-projet de loi de révision constitutionnelle, c’est terminé, c’est dépassé. »

Même ligne pour le PNP de Tikpi Atchadam, également à l'initiative du mouvement, et qui accuse le régime de chercher à gagner du temps en proposant cet avant-projet de loi de révision constitutionnelle qui doit être examiné par les députés à partir de mardi.

Le CAR de Yawovi Agboyibo a une position plus nuancée. Il appelle à des discussions beaucoup plus vastes que celles proposées par le gouvernement : « Quand je vois les propositions qui sont faites et qui concernent le mode de scrutin, la limitation de mandat, c’est très insuffisant, fait valoir l'opposant. On a besoin d’échanges approfondis pour revoir l’organisation institutionnelle du Togo, ça me parait inévitable. »

Et concernant le départ de Faure Gnassimbé, pour Yawovi Agboyibo, « ce problème doit être posé et abordé dans un cadre associé. Ce serait agir dans la précipitation que de l’isoler comme tel et de devoir trouver une solution séparée. »

Le président du FDR, Dodji Apevon, expliquait quant à lui jeudi à RFI qu'il attendait de savoir ce que contient l'avant-projet de loi qui sera sur la table des députés la semaine prochaine. Mais il promettait de tout faire pour maintenir la mobilisation de l'opposition sur ce sujet pour éviter d'être dupé par les autorités.